Chute d’une anatomie

Je me suis vautrée en pleine rue l’autre jour c’était magnifique. Je ne suis jamais tombée comme ça, c’était digne du grand bêtisier de fin d’année.

Il faut savoir que j’ai pris beaucoup de gadins quand j’étais petite. J’avais toujours des bleus plein les jambes et des égratignés plein les genoux. Du coup je ne sais pas si ça a joué comme un apprentissage mais aujourd’hui je « sais tomber ». En tout cas je n’ai pas peur de tomber. Je vous livre ici mes secrets: il faut vous laisser complètement choir. Si vous cherchez absolument à vous rattraper vous risquez de plus vous faire mal qu’autre chose. Laissez la gravité faire son travail, vous vous relèverez quand vous aurez fini de tomber. Il faut y aller progressivement: d’abord les jambes puis le haut du cours. On se ramollit, on accepte son sort mais on préserve la tête de tout cognage intempestif. Bien. Je vais pouvoir écrire un bouquin sur le sujet moi maintenant.

L’autre jour donc, je sortais Manille qui n’avait pas l’air de vouloir faire pipi. Il avait plu. Le sol était mouillé. À un moment je pense que j’ai posé le pied sur une plaque d’égout et j’ai dérapé. J’ai senti que la chute était inéluctable donc je l’ai laissée venir à moi (j’avais pas le choix surtout). J’ai lâché la poignée du harnais de Manille pour ne pas l’entraîner avec moi (ou bien c’était juste un réflexe qui n’avais rien d’héroïque). Mes genoux ont défaillit sous mon poids. J’ai chu dans l’axe du pied dérapeur et me suis écroulée sur le côté comme une grosse quille. Je me suis affalée au sol avec la souplesse d’une escalope de dinde que l’on jette dans une poêle en relevant la tête pour ne pas heurter le sol Je tenais dans la main droite ma canne blanche repliée et comme ce bras ne s’est pas retrouvé plaqué par terre je l’ai tendu bien haut au-dessus de moi (AVEUGLE AU SOL, JE RÉPÈTE AVEUGLE AU SOL). J’ai instantanément senti le macadam mouiller mon pantalon de pyjamas (car oui.).

J’ai pensé:

– Wouah comment je me suis ramassée la gueule!

Ensuite je me suis relevée.

Vous savez c’est quoi le pire dans cette histoire?

Je pensais que Manille serait un minimum ébranlée par ma situation, qu’elle se précipiterait sur moi pour me faire des léchouilles ou me réconforter. Que nenni. La chienne est restée stoïque tandis que je me remettais debout, les yeux dans le vague l’air de penser: « J’ai envie de faire pipi mais le caniveau est si mouillé! Ça serait pratique d’avoir une caisse comme le chat ». C’était ça le plus humiliant, elle en avait rien à péter que je me sois gaufrée dans la flotte.

J’espère que quelqu’un a assisté à ce magistral spectacle parce que moi j’en ai rigolé pendant 15 mètres (ensuite Manille est descendu au caniveau mais n’a pas fait pipi et ça m’a soulée donc j’ai arrêté de rire).

J’espère que l’histoire vous a plua la prochaine fois je vous raconterais peut-être ce jour où j’ai mis les deux pieds dans la lacune en voulant monter dans mon train.

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