Qui veut jouer avec moi???

Manille s’est blessée la patte avant dans le jardin de Nany. Le matin elle s’est mise à la lécher, à boiter et s’est couchée en nous regardant avec de grands yeux tristes. Ma maman a appelé la vétérinaire qui nous a donné un rendez-vous le lendemain matin. Oui, on était tous très inquiets pour Manille.

Et puis dans l’après-midi, elle a eu l’air d’aller mieux. Elle a commencé à aller voir tout le monde avec son jouet. De façon très insistante.

Elle est allée voir le copain de ma soeur et lui a servi sa tête de labradorable, mais il a tenu bon: non Manille, tu ne peux pas jouer tant que tu n’as pas vu la vétérinaire, il ne faudrait pas aggraver ta blessure. Manille a alors tenté d’amadouer ma soeur, qui n’a pas cédé non plus.

« Décidément, personne ne m’aime dans cette maison! »

Qu’à cela ne tienne, Manille a pris son jouet et s’en est allée chez les voisins pour qu’ENFIN quelqu’un daigne jouer avec elle. Son plan était parfait, à ceci-près que mon beau-frère l’a rattrapée et est intervenu pile au moment où les petits voisins allaient lancer le jouet. Trop nul la vie.

Et si vous vous demandez ce qu’avait cette pauvre Manille, la vétérinaire n’a rien trouvé et pense qu’elle a simplement posé ses délicats coussinets sur une épine. Nous voilà donc bien crédibles avec Goui-goui qui a un pète de travers à chaque fois qu’elle vient en vacances chez Nany.

Le regard qui ne trompe pas

Un jour à la caaisse d’un magasin, j’ai surpris une petite fille en train de caresser en douce Manille. Comme j’ai un scotome central je « regarde de côté ; on pourrait croire que je regarde dans le vide et du coup les gens me fixent en pensant que je ne les vois pas, alors que j’ai vu qu’ils me fixaient et que moi je les fixe sans qu’ils ne le voient (j’espère que vous voyez). Ce jour-là donc, j’ai vu cette petite fille approcher très lentement sa main de la tête de Manille tout en me surveillant, comme si elle savait qu’elle faisait une « bêtise », et pensant sans doute que je ne la voyais pas.

Tout ça pour dire, ce matin j’ai vu ma mère avec ce même regard coupable alors qu’elle donnait discrètement une belle croûte de fromage à Manille.

Je ne le répèterais jamais assez: méfiez-vous des malvoyants, on ne sait jamais ce qu’ils voient et peut-être que secrètement c’est VOUS qu’ils regardent.

Bonne nuit, Maman…

Chez Nany, en plus de la sienne, il y a une chambre avec deux lits simples et une autre avec un lit double. Depuis le début de nos vacances, ma maman occupe la première et moi la seconde avec Manille (qui il faut le préciser dort par-terre et pas dans mon lit, même si je sais que c’est ce dont elle rêve secrètement). Ma soeur et son copain nous rejoignent pour deux jours, donc je demande à ma mère comment on s’organise pour le couchage.

Ma mère: Je leur laisse ma chambre avec les deux petits lits et moi je vais dormir sur le canapé.

Moi,, inquiète pour la qualité de son sommeil: oh, tu veux pas venir dormir avec moi plutôt?

Ma mère, du tac-au-tac: Non, toi tu ronfles et Manille elle pète!

C’est donc l’image qu’elle a de nous…

C’est fort, rah

Je suis devenue bien plus sensible aux odeurs avec le temps, et plus ça vaa moins je supporte les parfums de synthèse forts.

Du coup l’autre jour en allant à Sephora avec ma mère et Manille, alors que je me concentrais pour ne pas vomir ou arrêter de respirer, je me suis demandé si c’était très éthique et responsable d’emmener une truffe sur pattes dans ce genre de magasin.

Regarder la vérité en face

J‘étais en pleine discussion avec ma mère quant au fait de « relativiser » sa vie face au handicap des autres. Je lui expliquais que je n’appréciais pas du tout que les gens me disent qu’en me voyant on réalise qu’il ne faut pas se plaindre. Si vous pensez que je m’empêche de râler quand la putain de pince à salade vient bloquer le tiroir à couverts de merde, tout ça parce qu’il y a bien plus grave dans la vie (par exemple, être moi-même), alors vous vous fourrez le doigt dans l’oeil jusqu’au coude.

– Je ne peux empêcher personne de raisonner comme ça, par contre je ne supporte pas qu’on me le dise. Tiens, par exemple, un jour, y a un inconnu qui m’a dit: « Ta vie est une épreuve, si je peux me permettre ». Et bien, non, monsieur, ne te permet pas, tu ne me connais pas et ce n’est pas à toi de juger si oui ou non ma vie est une épreuve!, ai-je dit, remontée comme une pendule à coucou.

Sitôt dit, j’ai eu envie de me moucher et j’ai tourné les talons pour aller prendre un mouchoir dans ma chambre; le menton relevé et la tête haute, la démarche d’une reine comme si je venais de rabaisser le caquet de ce type pour de vrai.

Cette sortie post-clash du salon aurait pu être parfaite si je ne m’étais pas pris les jambes dans une chaise en chemin.

Alors bon. Non ma vie n’est pas une épreuve mais je dois bien admettre que je suis souvent confrontée à des obstacles, au sens propre comme au figuré.

Fuis-moi je te suis

L‘autre nuit, dans la maison de Nany.

Manille ronflait, couchée à côté de mon lit. Je me suis levée en prenant garde de ne pas la réveiller, j’ai ouvert la porte de ma chambre et suis allée aux toilettes juste en face. Puis je suis sortie des toilettes, je suis rentrée dans ma chambre et j’ai fermé la porte derrière moi.

Je suis partie à tâton à la recherche de Manille, histoire de ne pas lui marcher dessus. Elle n’était plus à côté du lit, le parquet était tout chaud et vide.

« Elle a dû se mettre sur son tapis! », j’ai pensé.

Mais Manille n’y était pas non plus.

« Roh quelle dinde », j’ai pensé en comprenant.

J’ai rouvert la porte de ma chambre. Manille était derrière, elle m’avait suivie quand j’étais allée aux toilettes mais je ne m’en étais pas rendue compte. Elle m’a regardé avec des yeux de merlan frit, l’air de ne pas comprendre.

« Bon tu rentres grosse nouille? », j’ai soufflé.

Manille a compris la leçon et depuis elle ne me suis plus la nuit quand je vais aux toilettes, trop peur de passer la nuit à se geler les fesses sur le carrelage.

Tartine d’ego

Vacances chez ma grand-mère.

Ce matin durant le petit-déjeuner j’ai vu que Nany m’observait, alors j’ai voulu l’impressionner en lui montrant que même malvoyante je savais étaler de la confiture sur ma tartine grillée. Chose qui s’est soldée par un échec cuisant puisque j’ai trop pris de confiture d’un coup et que la moitié de la cuillérée s’est lamentablement écrasée dans mon assiette.

Pour ma deuxième tartine ma mère m’a tendu le beurrier et là j’ai commencé à claquer des genoux.

Non, moi j’aime pas les Gnocchi.

Le drame de ma vie c’est pas d’être devenue sourde.

Non, le drame de ma vie c’est d’avoir été entendante suffisamment longtemps pour entendre passer à la télé la pub des Gnocchis à poêler et avoir dans la tête depuis ce matin: « J’aime les Gnocchiiiis, croustillants et moelleux!! ».

Bavardages

J‘étais posée sur une chaise dans ma cuisine, Stella à ma gauche couchée en haut de son arbre à chat, Manille devant moi assise sur le carrelage à me lorgner avec amour.

J’ai lancé à Manille en désignant Stella du doigt: « Regarde, c’est le petit chat! ».

La chatte a tourné la tête vers moi et m’a lancé un drôle de regard l’air de dire: « Non mais t’es complètement fêlée ma pauvre vieille¿ ».

Des fois je me demande si je manque pas un peu de contact humain à faire la conversation avec deux quadrupèdes moustachues…