« Goodbye my love, goodbye my friend »

Les moustachues ont un espèce de rituel quand je pars avec Manille. Stella s’installe sur le canapé pendant que je mets son collier et son harnais à Manille. Ensuite, tandis que je mets mes chaussures, la chienne va voir la chatte. Stella lui flanque une tape sur le museau et Manille se met à faire la toupie. C’est quasiment ça à chaque fois. Je sais même pas si ça les amuse en vrai.

Manille, labrador noire, est assise par terre à côté de Stella, chatte noire, assise elle sur un canapé gris. Toutes 2 regardent vers l’objectif..
Les bestouilles

Souvenirs d’EHPAD #1 : préquel

J’inaugure avec cet article une nouvelle série d’anecdotes: les souvenirs d’EHPAD. Il y a en effet 4 ans j’ai réalisé un service civique en tant qu’animatrice dans un EHPAD, du 5 octobre 2019 au premier confinement en mars 2020 (ma mission a été prématurément arrêtée). Je garde de cette expérience plein d’anecdotes que j’aimerais vous partager ici. À cette époque je n’étais « que » malvoyante et Manille m’accompagnait tous les jours dans cette résidence en région parisienne. Je n’y suis pas retournée quand les mesures sanitaires l’ont permis car j’ai enchaîné avec ma perte auditive (ce qui rend les choses assez compliquées) et malheureusement je pense qu’avec le temps les résidents m’ont oubliée (ou sont carrément morts). Travailler avec un public vieillissant et dépendant est assez particulier. Je me souviens de Madame Johnson (avec qui je m’entendais très bien) qui avait dit un jour: « Ici on se réveille le matin et on se demande qui est encore en vie ». C’est un peu glauque mais c’est ça. Et, même si j’ai essayé de raconter des petits moments drôles ou tendres que j’ai pu vivre là-bas, psychologiquement être confrontée à des gens parfois très atteints cognitivement c’est pas évident. Voilà pour cette introduction. Il va falloir faire une petite gymnastique mentale et m’imaginer entendante. Et imaginer Manille avec quelques kilos en moins (oups oups).

Bonne lecture!

Scène de jardinage

Quand on joue au jardin, je préviens toujours Manille quand je lui lance son jouet pour la dernière fois. Je dis « La dernière » et elle semble se concentrer doublement. Je lui lance le jouet et quand elle revient je lui dis « donne » en tendant la main afin qu’elle me le rende directement dans la paume. Des fois elle le fait mais des fois cette peau de vache le dépose par terre et je suis obligée de tâtonner pour le récupérer parce qu’elle refuse de le reprendre en gueule. Vraiment sympa de sa part.

L’autre soir elle m’a fait le coup.

– C’est pas bien ce que tu fais! ai-je protesté.

J’ai tâtonné le sol mais je n’ai rien trouvé. Je m suis dit que j’avais peut-être mal vu et qu’elle ne m’avait rien rapporté car le jouet était parti chez les voisins. Je me suis levée et j’ai fait quelques pas sur l’herbe. Manille, qui en fait n’avait absolument pas envoyé son jouet chez les voisins, m’a joyeusement suivie avec celui-ci dans la gueule. Youpi du rab de jeu, devait-elle penser. Je le lui ai repris en pestant:

– Non, non, c’est fini! T’as pas voulu me donner le jouet, t’es pas belle!

Manille s’en est fichue de mes remontrances, bien évidemment.

Rééducation gênante

Rééducation orthophonique (le même jour que la semaine dernière). L’orthophoniste me donne des séries de trois mots appartenant à la même catégorie.

On arrive à la catégorie fromage avec « camembert, gruyère et roquefort ». J’ai tout bien compris, pourtant répéter me demande un gros effort. Pourquoi?

Tout simplement parce qu’en temps normal je ne sais pas prononcer « gruyère » correctement. Ma mère m’a appris à dire « grouyère » quand j’étais petite, sans doute parce que c’était plus mignon, et quand j’ai appris vers mes 18 ans que cette prononciation était fausse il était trop tard. Le mal était fait, le grouyère était devenu un automatisme chez moi. J’ai dû trouver des subterfuges, comme de dire « emmental » à la place de « gruyère » (les puristes du frometon en sueur), mais je n’ai jamais pu corriger ce tic de langage qui m’a valu bien des moqueries.

Apprenez à vos enfants à parler correctement par pitié. Dire « grouyère » à 5 ans c’est peut-être choupi mais à 25 au mieux ça fait pèquenaud, au pire ça fait peur.

Crochet 2 rue

Parfois, il m’arrive « d’oublier » que je suis malvoyante. Il y a quelques temps je me rendais à la pharmacie seule avec ma canne blanche. Je marchais d’un pas fort décidé, balayant de la canne avec la main droite et balançant le bras gauche au rythme de la marche. Il y avait sur mon chemin un banc et, assis dessus, un monsieur penché en avant sur son téléphone. Je l’ai vu. Pas suffisamment bien parce que je lui ai littéralement envoyé mon poing dans la gueule. Il s’est redressé d’un coup en lâchant un petit cri de surprise. Ou de douleur peut-être, en tout cas moi j’avais mal à la main.

Zombie queen de la rééducation

Rééducation orthophonique. L’orthophoniste me donne des séries de trois mots appartenant à la même catégorie.

Arrivée à la catégorie des instruments je confonds le mot « tambour » avec « kazoo ». Pas grave me direz-vous, on est là pour ça. Sauf que moi quand j’entends (crois entendre) le mot « kazoo » je ne peux pas m’empêcher de penser au live de Ghost (mon groupe préféré) avec le chanteur qui interprète Zombie Queen en jouant du kazoo. Je précise que Ghost est un groupe de metal, que Tobias Forge (le chanteur) se déguise en pape sataniste et que les musiciens sont en goules (et sur la vidéo il y en a une qui essaye de ne pas rire en fond). Et que, dans ce live, quand Tobias Forge chantait il reposait solennellement son kazoo sur un piédestal.

Croyez-bien que je mets toute la bonne volonté du monde pour rester concentrée pendant mes séances d’orthophonie.

Plaque dégoûte

Manille déteste poser la patte sur une plaque d’égout. Quand on en croise une, elle la contourne soigneusement. parfois ce n’est pas possible et ça devient un problème: nos besoins à l’une et l’autre rentrent en conflit. C’était le cas de cette rue pour aller au marché. Il y avait une maison avec une haie très mal taillée. J’ai pris une branche dans la figure. Là j’ai fait ce qu’on m’avait appris à l’école des chiens guides et j’ai attrapé la branche, l’ai secouée comme un prunier sous le museau de Manille en répétant: « Attention! ». Puis j’ai fait un petit demi-tour pour que Manille refasse le chemin en évitant la branche. Ça s’appelle le contournement d’obstacle en hauteur. On est reparties mais j’ai à nouveau pris la branche dans la figure et Manille ne s’est absolument pas décalée pour l’éviter. Je l’ai reprise deux fois encore mais à chaque fois c’était pareil. Plus tard, en faisant le chemin inverse, j’ai compris que Manille ne m’avait pas fait contourner la branche pour ne pas avoir à poser les pattes sur une plaque d’égout.

L’autre jour on allait au marché. Habituellement on prenait cette rue pour y accéder cependant Manille a proposé avec conviction de prendre un autre chemin. On a fait un énooorme détour qui a rallongé notre temps de parcours mais au moins on a évité la satanée plaque d’égout et les branchages. C’est la preuve que Manille est très intelligente et qu’elle a un grand sens des priorités.

Martine en PLS

L’autre jour en rééducation orthophonique, « la petite fille est blottie sous la couette » s’est transformé en « Martine est bloquée sous la couette ». Une pensée émue à Martine qui n’a pas réussi à se dégager et qui à ce jour est toujours coincée sous son édredon.

Chat de bibliothèque

En vue de l’article de jeudi je me suis replongée dans un livre en braille papier. Sous ma couette, le bouquin posé contre mes genoux, j’étais à fond dans ma lecture. C’était sans compter sur Stella qui a vu là une place de choix. Elle s’est installée sur mon ventre, un coup pour demander des câlins, un coup pour regarder par la fenêtre (tiens, un pigeon sauvage à tête de moine), m’empêchant ainsi de lire mon livre.

Stella, petite chatte noir, est assise devant un livre en braille ouvert.

(je suis désolée pour mon lectorat qui me suit par mail et qui a reçu cet article mercredi dernier. C’était une bourde de ma part, gloups)

Jeu de mains, jeu de vilains

Stella et moi on a un petit jeu. Quand elle est sur le rebord de sa fenêtre je me mets de l’autre côté de la vitre en haussant les sourcils. Elle penche la tête et sa petite patte s’abat sur le carreau, comme si elle cherchait à m’atteindre.

Mais cette chatte est loin d’être bête. Elle a compris le truc.

Maintenant quand je fais l’andouille derrière la vitre elle passe sa patte en-dessous, dans l’espoir sans doute d’arriver à me toucher. La saleté.

Stella, petite chatte noire, est couchée sur le rebord d’une fenêtre, prêt de la vitre ouverte vers l’intérieur. Elle penche la tête et sa patte avant pend dans le vide.

« Hin hin hin. »