Le 4 décembre est une date ancrée dans ma tête. D’une part car c’est la date d’anniversaire d’une ancienne copine de collège. D’une autre part car c’est le 4 décembre 2020 que j’ai appris que j’avais une neuropathie auditive et que j’étais en train de devenir sourde pour de bon.
C’était un vendredi. Le mercredi 2 décembre j’avais un rendez-vous pour passer une IRM de la tête. Je me souviens avoir chouiné quand mon père m’avait annoncé que j’allais recevoir une injection pour cet examen. Il avait tenté de me rassurer en me disant que ça faisait pas plus mal qu’on petit piercing. Ça m’avait fait sourire car j’avais fait deux malaises vagales pour mon piercing au septum. L’IRM n’avait révélée aucune lésion, aucune tumeur donc l’espace d’un instant on était soulagés. On se disait que ça irait.
Le 4 décembre j’avais rendez-vous à Bicêtre pour passer une analyse fonctionnelle. On m’avait fait allonger sur un fauteuil, collé des électrodes sur la tête et balancé du bruit dans un casque pour observer mes potentiels évoqués (je ne sais pas si on peut dire que j’avais encore un quelconque potentiel auditif à ce moment-là). Cet examen n’était pas particulièrement douloureux mais ce qui le rendit atroce (et c’est le drame de ma vie, cf mes réveils post-opératoires que je vous conterais bientôt) c’est que j’eus tout le long une furieuse envie de faire pipi.
J’avais eu l’excellente idée de boire mon thé de Noël avant de venir mais faut croire que 2h entre le thé et l’examen c’était pas suffisant pour ma vessie. La colle pour faire tenir les électrodes était périmée et l’interne qui s’occupait de me préparer pour l’examen avait dû s’y reprendre à plusieurs fois. Il avait dû mettre une bonne dizaine de minutes pour faire tenir tout son bazar. J’avais doucement commencé à sentir la douille urinaire venir mais comme la pose des électrodes avait été ardue je n’avais rien dit. L’examen avait commencé, l’interne avait éteint la lumière et le casque sur mes oreilles diffusait ce qui me semblait être un bruit de marteau-piqueur. Plus ça allait et plus j’avais envie de faire pipi. Et plus l’examen n’en finissait pas.
À un moment l’interne a quitté mon champ de vision (réduit de base et encore plus réduit par le port du masque). J’ai pensé que j’allais faire un malaise toute seule dans cette pièce plongée dans le noir et qu’on allait me retrouver par terre convulsant dans une marre de pisse (l’idée est ridicule mais j’étais focalisée sur ma vessie, pas sur ma rationalité). J’ai commencé à paniquer et à hyperventiler. L’interne est réapparu (en fait il avait quitté mon champ de vision mais pas la pièce), il m’a tapoté le bras pour me rassurer et Père est venu me tenir la main.
C’était très long. J’en pouvais plus. À un moment j’ai écrit un truc dans la main de Père pour lui demander combien de temps il restait mais il a pas compris. J’ai dû recommencer plusieurs fois. Il a fini par m’écrire « 3 » et j’ai pensé que 3 minutes ça allait, que j’avais fait le plus dur. Ensuite il a rajouté un 0 après le 3 et j’ai pensé: « Putain je vais crever ». Heureusement pour moi il s’agissait d’un quiproquo et en réalité l’examen s’est rapidement terminé.
Après ma pause pipi j’avais eu le fameux examen qui consiste à écouter des sons pour dire quand on les entend ainsi que les mots qu’il faut répéter. À l’issue de tout ça Père avait eu quelques explications et il m’avait dit à l’accueil que j’avais un problème de nerf. Je me revois m’arracher les cheveux en pleurant dans le couloir, me demandant qu’est-ce que c’était que ça encore. Sur le chemin du retour je m’étais calmée et j’avais décidé d’apprendre le braille parce qu’a priori mon souci d’audition n’allait pas s’arranger.
Voilà donc ce que m’évoque le 4 décembre. Joyeux anniversaire, surdicécité.