Dialogue de l’espace avec Père #6 : Pris pour une courge

Mon père passe chez moi, j’en profite pour lui proposer un peu de soupe que j’ai préparé…

Moi: Tu veux de la soupe à la courge?

Mon père: Non ça ira.

Moi, rangeant mon bocal de soupe: Dommage, elle est bonne.

Mon père: J’aime pas la courge.

Moi: Même en soupe?

Mon père: Oui, j’aime pas le nom.

Flagrant délit de mépris sur la courge d’autant que, après vérification, il semblerait que je n’avais pas su faire la différence entre une courge et un butternutt pour préparer mon potage.

La vieille bique sourde en pyjamas qui voulait écrire une lettre sans qu’on la dérange (j’ai honte de moi)

Fin de matinée, je suis confortablement installée à mon pupitre, encore en pyjamas, en train de rédiger une lettre manuscrite à ma grand-mère quand la sonnette retentit. Je n’attends personne, je suis occupée et pas franchement disposée à ouvrir à un inconnu, en plus si on se comprend pas je vais devoir descendre, donc je fais semblant de ne pas avoir entendu (j’ai une bonne excuse puisque je suis sourde, comme c’est pratique).

Je retourne à ma lettre, j’ai perdu le fil et ne peux pas me relire. J’écris une parenthèse dans laquelle j’explique que j’ai été dérangée et prends une nouvelle feuille pour continuer ma missive. La sonnette retentit une 2de fois, un peu plus pressante. Il faut savoir que sur la façade de mon immeuble il y a un grand panneau « À vendre » (même si l’appartement en question a déjà été vendu) et comme mon nom est le premier sur l’interphone les gens intéressés sonnent toujours chez moi d’abord. Je fais la sourde oreille, je suis en train d’écrire une lettre en pyjamas j’ai pas le temps moi, j’ai un planning chargé.

Pour mettre les feuilles de ma lettre dans le bon ordre dans l’enveloppe, et parce que ça ajoute une petite touche originale, j’ai pris l’habitude d’écrire en braille le numéro de page en haut à droite de chaque feuille. Je mets ma première page dans ma machine à écrire Perkins, je tape « 1 » quand la sonnette retentit pour la 3e fois, par petits à-coups désespérés. Je me dis que bon, là il faut faire un effort quand même et répondre, c’est étrange. Je prends mon courage à deux main et le combiné et je décroche:

« Allô? Allô? »

Je n’entends rien, je me dis que la personne est partie. Dommage pour elle. Sauf que ça sonne aussitôt pour la 4e fois. Je décroche et lance un peu sèche:

« Bonjour, je suis sourde il faut articuler! Vous venez pour l’appartement à vendre? »

« Non, c’est Papa! C’est Papa!»

Il passait juste me déposer un gilet de sécurité fraîchement acquis à Emmaûs. 10 minutes qu’il était en bas. Je suis affreuse.

La pique qui pique

Manille a dû passer un scanner l’autre jour, et pour cela les vétérinaires lui ont rasé l’avant-patte droite (lui faisant une coupe de caniche très ridicule au passage). Ce soir, Eren inspecte ladite patte…

Eren: Ça y est ses poils commencent à repousser.

Moi: Ah oui?

Eren: Ouais touche, ça pique comme toi quand tu te rases pas les jambes.

Ensuite j’ai croqué dans un bout d’oignon cru qui traînait sur la table en pensant que c’était une feuille de salade tombée de mon assiette, Eren est revenu me parler des poils de Manille et s’est offusqué parce que je sentais l’oignon. Bref c’est ma fête ce soir.

C’EST OUI OU C’EST NON?

Il m’arrive encore de confondre « oui » et « non »…

Moi, à Eren: Tu voudras un croissant demain au petit-déjeuner?

Eren: Oui.

Moi: Oui?

Eren: Oui.

Moi: Oui ou non?

Eren: Ouiiiiiiiii!

Moi: Ah, bah articule aussi!

Je pense qu’il va falloir faire quelques ajustements à mon réglage.

Ramen raté

J‘ai essayé de faire des ramen l’autre soir, un échec cuisant. J’ai eu la bonne idée de mettre des poireaux, ce qui a complètement pourri le goût du plat, j’ai mal réhydraté les algues kombu qui étaient l’antithèse même du moelleux, j’ai eu la main lourde sur la quantité de ramen par peur qu’une tablette ne suffise pas, alors que vu le désastre culinaire qui mijotait en mettre deux c’était vraiment la pire connerie à faire, et enfin j’ai mis mon sachet de bouillon umami après avoir fait (trop) diminuer le niveau d’eau et les pâtes n’en ont pas pris la saveur. Voilà, la déception fut intense.

Moi à moi-même après le dîner, raclant tristement les parois de la casserole: C’était dégueulasse…

Eren au loin sur le canapé: Oui.

Ce constat personnel était suffisamment douloureux et n’avait pas besoin d’une confirmation aussi cruelle. à

Avoir le nez

eren et moi sommes dans le salon, lui à regarder la télé et moi à bricoler sur ma plage braille.

Eren: Tu veux une bonne nouvelle?

Moi: Mh… Ça sent l’embrouille ta bonne nouvelle.

Eren: Stella est en train de chier.

Effectivement…

Dialogue de barges

Je n’arrive pas à taper le code de mon téléphone pour le déverrouiller, personne n’est là pour me donner un coup de main et je peste contre le téléphone qui me demande de « réessayer dans 15 minutes » à chaque tentative ratée. Manille se met à grommeler à côté de moi…

Manille: Homgrblgrbl…

Moi: Oui, je te confirme!

Manille: Grrrgrrbrr!

Moi: Parfaitement!

Manille: Rrrho rrrho!

Moi: Oui, moi aussi ça m’énerve!

J’ai des nouveaux voisins de pallier et leur salle de bain jouxte mon bureau, j’espère qu’ils n’ont pas entendu cet échange confidentiel.

Un criterium pour sauver Eren

Eren vient me voir, un crayon à papier dans la main…

Eren: Qu’est-ce que c’et que ce crayon de merde?

Moi: Bah quoi?

Eren: Il écrit pas!

Moi: Bah faut le tailler!

Eren: Mais j’ai pas que ça à foutre! C

Voilà le mal du siècle: on n’a plus le temps de rien, même pas de tailler un petit crayon à papier…

Soyez pas lourde

Hier matin à l’entrée de l’hôpital Bicêtre, alors que ça fait des mois que Manille m’accompagne dans les couloirs du service ORL, la gardienne chipote à nous laisser entrer parce que « les chiens sont interdits ».
Mon père a essayé de lui expliquer que (oui non moi une fois de plus j’ai fait le mollusque à pas comprendre ce qu’il se passe) ce n’était pas un simple labrador couché à mes pieds, mais bien un véritable chien guide certifié par l’école de chiens guides de Paris (avec les félicitations du jury).
J’ai pas tout saisi ce qui se disait (je suis une coquille St-Jacques souvenez-vous), mais il me semble que mon père m’a désigné en disant: « Elle a un petit souci. ».
Doux euphémisme, Papa.

T‘as vu, t’as vu, j’ai pas réclamé!!

Manille a pris la mauvaise habitude de venir réclamer quand on mange. Hier soir, alors que je me coupais un petit morceau de St Nectaire, je me suis dit qu’exceptionnellement je pouvais donner une petite croûte de fromage à Manille. Le fait est que la chienne était déjà assise à côté de moi en train de lorgner sur mon assiette, ce qui m’a agacé. Je. Je l’ai envoyé sur son pouf en lui disant qu’il y en avait marre qu’elle réclame, qu’il fallait qu’elle arrête et que ça servait à rien de me regarder comme ça jeter les croûtes à la poubelle parce que les croûtes de fromage c’est pas pour les petits chiens qui réclament, merde alors.

Ce soir j’ai eu envie de me faire une tartine de St Nectaire. J’ai tranché un morceau de pain, j’ai sorti l’assiette de fromages du frigo (je sais ce que tu penses Grand-Père, je sais ce que tu penses) et j’ai pris un couteau. J’ai coupé un beau morceau de fromage, j’ai retiré la croûte et l’ai mis dans mon pain. Elle était bien bonne, cette tartine, le pain était croustillant et le fromage avait bon goût. J’ai terminé mon casse-croûte, j’ai rangé l’assiette à fromage. Pas de Manille. Il restait les 3 croûtes de St Nectaire sur la table. Comme la chienne n’était pas venue réclamer j’ai eu envie de lui en donner une. J’en ai choisi une très soigneusement (plouuf plouf, une boule en or c’est toi qui sort au bout de 3, 1, 2, 3!). J’ai mis les autres à la poubelle et je me suis retournée. Manille était assise droite comme un piquet sur son pouf, les oreilles redressées, l’air de dire « J’ai été sage, j’peux avoir la croûte maintenant? ».