Système croûte

Aujourd’hui Eren se fait une journée jeu vidéo et pour l’occasion il a réinvesti notre salon: il a poussé le canapé bien en face de la télé et de sa console, il a fermé les volets pour être dans la pénombre. Il reste pourtant une toute petite fenêtre à un battant, sans volet, qui éclaire encore la pièce. Il me demande alors de lui passer quelque chose pour la recouvrir. Je lui passe un torchon qui s’avère trop petit, une taie d’oreiller pas mieux avant de me rabattre sur une serviette de plage. Je le regarde gesticuler dans tous les sens pour essayer d’installer la serviette quand j’ai une illumination:

– Tu veux la croûte, je demande.

– Quelle croûte, me répond Eren.

– Ma croûte tu sais, mon tableau (sous-entendu la toile achetée à Emmaûs que tout le monde sauf moi trouve moche).

La croûte, un grand tableau abstrait peint dans des ton violets, est posée sur une étagère de plantes pour cacher une petite fenêtre.

Ainsi la croûte a désormais la fonction de pare-soleil.

Rendez-vous nocturnes

Stella je ne cherche jamais à la caresser en journée, c’est pas son truc. Parfois elle vient se frotter contre ma jambe en allant voir son arbre-à-chat, parfois contre ma main que je lui tends, mais bien souvent elle reste à me fixer ou alors s’approche puis finalement non, elle part en courant. C’est Stella.

La nuit par contre j’ai de la visite. Soit elle vient me chatouiller les joues de ses moustaches, soit la demande est plus insistante (CªLIN!!!) et elle se jette de toutes ses forces contre mon nez. En ce moment elle aime bien s’annoncer en marchant sur mon dos, coucou c’est moi j’arrive. Je me retourne pour qu’elle s’installe sur mon buste, je lui présente mes mains et c’est elle qui vient vers moi. Elle aime bien se faire gratouiller les joues, le menton, le haut de la tête (mais pas les oreilles attention), et le reste non c’est pas la peine merci. C’est notre petit moment en ronron et en silence. Des fois elle se relève d’un coup, à l’affût de quelque chose au loin, et elle part sans dire au revoir en utilisant mon ventre comme trampoline. Parfois elle frotte sa tête une dernière fois puis elle part tranquillement, bon j’ai eu ma dose bonne nuit.

C’est le petit rituel de la nuit, le rendez-vous à ne pas manquer car il n’y en aura pas d’autre avant 24h.

L’article que tout le monde doit lire de toute urgence, merci.

Eren a vécu un véritable ascension émotionnel hier soir en passant de la joie (quand je lui ai dit qu’il aurait des cookies en rentrant), à l’impatience (« ils sont où les cookies? »), à l’incompréhension (quand je lui ai tendu le paquet de cookies industriels acheté plus tôt dans la journée), à la déception intense (« t’as pas fait de cookies? »), à la colère (« mais c’est de la merde ça, j’en veux pas! »), à la frustration (au lit, et sans cookie). Je vais le voir dans la chambre, tout seul dans le noir.

moi: Oh… Tu es déçu?

Eren: Oui.

Moi: C’est nul?

Eren: Oui.

Moi: Tu préfères mes cookies?

Eren: Arrête!

Moi: De quoi donc?

Eren: Arrête d’essayer de te faire flatter!

C’est pas du tout ce que j’étais en train de faire je le jure, vraiment, juré juré.

Allez je vous laisse, quelqu’un est allé acheter de quoi préparer des cookies avant de partir ce matin.

Dialogue de l’espace avec Père #6 : Pris pour une courge

Mon père passe chez moi, j’en profite pour lui proposer un peu de soupe que j’ai préparé…

Moi: Tu veux de la soupe à la courge?

Mon père: Non ça ira.

Moi, rangeant mon bocal de soupe: Dommage, elle est bonne.

Mon père: J’aime pas la courge.

Moi: Même en soupe?

Mon père: Oui, j’aime pas le nom.

Flagrant délit de mépris sur la courge d’autant que, après vérification, il semblerait que je n’avais pas su faire la différence entre une courge et un butternutt pour préparer mon potage.

La vieille bique sourde en pyjamas qui voulait écrire une lettre sans qu’on la dérange (j’ai honte de moi)

Fin de matinée, je suis confortablement installée à mon pupitre, encore en pyjamas, en train de rédiger une lettre manuscrite à ma grand-mère quand la sonnette retentit. Je n’attends personne, je suis occupée et pas franchement disposée à ouvrir à un inconnu, en plus si on se comprend pas je vais devoir descendre, donc je fais semblant de ne pas avoir entendu (j’ai une bonne excuse puisque je suis sourde, comme c’est pratique).

Je retourne à ma lettre, j’ai perdu le fil et ne peux pas me relire. J’écris une parenthèse dans laquelle j’explique que j’ai été dérangée et prends une nouvelle feuille pour continuer ma missive. La sonnette retentit une 2de fois, un peu plus pressante. Il faut savoir que sur la façade de mon immeuble il y a un grand panneau « À vendre » (même si l’appartement en question a déjà été vendu) et comme mon nom est le premier sur l’interphone les gens intéressés sonnent toujours chez moi d’abord. Je fais la sourde oreille, je suis en train d’écrire une lettre en pyjamas j’ai pas le temps moi, j’ai un planning chargé.

Pour mettre les feuilles de ma lettre dans le bon ordre dans l’enveloppe, et parce que ça ajoute une petite touche originale, j’ai pris l’habitude d’écrire en braille le numéro de page en haut à droite de chaque feuille. Je mets ma première page dans ma machine à écrire Perkins, je tape « 1 » quand la sonnette retentit pour la 3e fois, par petits à-coups désespérés. Je me dis que bon, là il faut faire un effort quand même et répondre, c’est étrange. Je prends mon courage à deux main et le combiné et je décroche:

« Allô? Allô? »

Je n’entends rien, je me dis que la personne est partie. Dommage pour elle. Sauf que ça sonne aussitôt pour la 4e fois. Je décroche et lance un peu sèche:

« Bonjour, je suis sourde il faut articuler! Vous venez pour l’appartement à vendre? »

« Non, c’est Papa! C’est Papa!»

Il passait juste me déposer un gilet de sécurité fraîchement acquis à Emmaûs. 10 minutes qu’il était en bas. Je suis affreuse.

La pique qui pique

Manille a dû passer un scanner l’autre jour, et pour cela les vétérinaires lui ont rasé l’avant-patte droite (lui faisant une coupe de caniche très ridicule au passage). Ce soir, Eren inspecte ladite patte…

Eren: Ça y est ses poils commencent à repousser.

Moi: Ah oui?

Eren: Ouais touche, ça pique comme toi quand tu te rases pas les jambes.

Ensuite j’ai croqué dans un bout d’oignon cru qui traînait sur la table en pensant que c’était une feuille de salade tombée de mon assiette, Eren est revenu me parler des poils de Manille et s’est offusqué parce que je sentais l’oignon. Bref c’est ma fête ce soir.

C’EST OUI OU C’EST NON?

Il m’arrive encore de confondre « oui » et « non »…

Moi, à Eren: Tu voudras un croissant demain au petit-déjeuner?

Eren: Oui.

Moi: Oui?

Eren: Oui.

Moi: Oui ou non?

Eren: Ouiiiiiiiii!

Moi: Ah, bah articule aussi!

Je pense qu’il va falloir faire quelques ajustements à mon réglage.

Ramen raté

J‘ai essayé de faire des ramen l’autre soir, un échec cuisant. J’ai eu la bonne idée de mettre des poireaux, ce qui a complètement pourri le goût du plat, j’ai mal réhydraté les algues kombu qui étaient l’antithèse même du moelleux, j’ai eu la main lourde sur la quantité de ramen par peur qu’une tablette ne suffise pas, alors que vu le désastre culinaire qui mijotait en mettre deux c’était vraiment la pire connerie à faire, et enfin j’ai mis mon sachet de bouillon umami après avoir fait (trop) diminuer le niveau d’eau et les pâtes n’en ont pas pris la saveur. Voilà, la déception fut intense.

Moi à moi-même après le dîner, raclant tristement les parois de la casserole: C’était dégueulasse…

Eren au loin sur le canapé: Oui.

Ce constat personnel était suffisamment douloureux et n’avait pas besoin d’une confirmation aussi cruelle. à

Avoir le nez

eren et moi sommes dans le salon, lui à regarder la télé et moi à bricoler sur ma plage braille.

Eren: Tu veux une bonne nouvelle?

Moi: Mh… Ça sent l’embrouille ta bonne nouvelle.

Eren: Stella est en train de chier.

Effectivement…

Dialogue de barges

Je n’arrive pas à taper le code de mon téléphone pour le déverrouiller, personne n’est là pour me donner un coup de main et je peste contre le téléphone qui me demande de « réessayer dans 15 minutes » à chaque tentative ratée. Manille se met à grommeler à côté de moi…

Manille: Homgrblgrbl…

Moi: Oui, je te confirme!

Manille: Grrrgrrbrr!

Moi: Parfaitement!

Manille: Rrrho rrrho!

Moi: Oui, moi aussi ça m’énerve!

J’ai des nouveaux voisins de pallier et leur salle de bain jouxte mon bureau, j’espère qu’ils n’ont pas entendu cet échange confidentiel.