Manille n’aime pas les enfants

J’ai fait ma remise de chien guide avec Manille il y a 4 ans. Je l’ai faite en même temps qu’une dame qui se voyait attribuer (pas fait exprès pour le jeu de mot) une magnifique bergère allemande à poils longs. La chienne était vraiment très belle, on aurait dit une grosse peluche. Elle adorait les enfants. Un jour, pendant un exercice dans la rue, elle a entraîné son humaine vers une voiture dont la portière arrière était ouverte avec des enfants assis sur la banquette.

Manille, elle, n’aime pas les enfants. Sauf quand ils viennent de manger un croissant. Là elle leur témoigne toute l’affection du monde en leur léchant les doigts.

(Vous avez le droit de penser que j’ai un peu brodé pour mon anecdote et que Manille n’est pas aussi perfide que ça. Pourtant c’est ce qu’il s’est passé un jor. Tout le monde s’est extasié sur cet adorable labrador qui venait dire bonjour aux petits enfants et personne à part moi n’a compris l’entourloupe.)

Savoir se vendre

Si les humains avaient des slogans, quel serait le vôtre ?

Ta gueule!

Juste « Ta gueule! ». En fait c’est parce qu’il manquerait le début du slogan: « ça va être tout noir! » (qui représenterait la cécité), et il n’y aurait que la fin comme si on avait pas tout entendu (ce qui représenterait la surdité).

Je trouve que Ta gueule! est un bon slogan.

(message à Père qui, telle la mère de Georges Brassens, n’aime pas que j’utilise des gros mots: je fais référence à un célèbre film françay)

Paternoster

J’ai découvert l’existence des ascenseurs « paternoster » en lisant Changement de décor de David Lodge. C’est manifestement devenu ma nouvelle obsession car hier en rééducation, alors que mon orthophoniste me donnait des phrases, j’ai entendu « Il porte un nom d’ascenseur ». Impossible de me concentrer pour comprendre correctement la phrase, mon esprit était parasité par l’idée pue le type s’appelait Paternoster. Mon orthophoniste a dû se répéter pendant au moins 5 minutes avant que je comprenne qu’en fait il portait un seau d’eau.

On s’en friche

Je vais faire un tour au jardin avec Manille. Je m’accroupis pour toucher l’herbe. Un des voisins de l’immeuble l’a encore tondue: il ne reste presque rien et il y a comme des trous par endroits. On pourrait presque dire que la terre n’a plus un poil sur le caillou (des cailloux il y en a plein dans la terre par contre).

« Il devrait laisser cette pauvre pelouse respirer franchement » pesté-je intérieurement tout en arrachant une pâquerette pour Stella.

Conne l’a qui t’as rat Almano

« Stella » est le nom que ses premiers adoptants lui avaient donné et qu’on a gardé pour ne pas perturber ce pauvre chaton qui vivait une seconde adoption à 6 mois de vie. Autrement, j’aurais bien voulu l’appeler Émikantaré.

Parce que LA CHATTE ÉMIKANTAAARÉÉÉ.

(ha ha ha)

Dialogue de l’espace avec Père #7 : Crotte alors!

Alors qu’on se balade dans un parc de Seine-Saint-Denis’ mon père me fait savoir qu’il y a plein de crottes sur le chemin mais j’ai visiblement du mal à comprendre de quel animal il s’agit…

Moi: Il y a des crottes de chameau?!

Papa: Non, des crottes de ch*****!

Moi: Des crottes de chamois!!

Papa, cavalant sur place (un peu désespérément): Non, des crottes de cheval!

Moi: Aaaaah, des crottes de cheval!

Papa: Oui. Tu veux toucher?

Ça ira merci.

Cat-sitting

Quand je sors avec Manille, en rentrant Stella est toujours assise dans l’entrée l’air de dire: « Croyez pas que je vous attendais mais ha, vous voilà rentrées! »

Rééducation trichante

Séance d’orthophonie. On travaille sur le son an/en que j’ai du mal à percevoir. L’orthophoniste me donne un mot que je ne comprends pas alors elle me donne un indice: quelque chose qui a un rapport avec le sang.

Moi: En sang? Glanté?

Raté, c’était « pansement ».

Qu’ils disaient

« Vous verrez, les petits chiens guides ils sont jamais malades! »

Les paroles de l’éducatrice de Manille me reviennent tandis que, de la bave de chien plein les cheveux et le t-shirt, je traîne mon patapouf de labrador qui se la joue poupée-de-chiffon-de-30-kg-en-état-de-décès-avancé sur le sol pour lui mettre de force ses médicaments dans la gueule, action qu’il faut plusieurs fois recommencer car elle les recrache deux coups sur trois.

(étant un traitement contre la diarrhée la prise de cachets dans du Kiri est exclue, merci bien)

Convoi de l’extrême

Lundi matin quand je me suis réveillée une vilaine odeur flottait dans l’air. J’ai pensé que Stella, dont la caisse est dans la salle de bain juste à côté de la chambre, venait de poser sa pêche.

Manille était couchée à côté du lit, la chatte attaquait ma main sous la couette, bref à part le fumet pestilentiel tout avait l’air normal.

Je me suis levée, j’ai pris mon legging et mes chaussettes pour sortir Manille et je suis allée m’asseoir sur une chaise de la cuisine. L’odeur s’est faite plus forte. J’ai pensé que Stella avait eu un accident dans la chambre et que j’avais marché dedans. J’ai inspecté mes pieds: rien. Je suis allée voir dans la salle de bain et le bureau mais ça y sentait moins fort. Je suis revenue m’asseoir sur ma chaise, perplexe.

Et puis je me suis retournée.

Il y avait de grosses flaques sombres sur le carrelage. L’une des quadru avait eu la diarrhée pendant la nuit. Quand je dis « l’une des quadru » je veux dire Manille car vu la taille des flaques ça ne venait pas de la chatte. Et quand je dis « diarrhée », le mot est faible pour décrire la scène d’horreur que j’avais sous les yeux (et le nez).


J’ai sorti Manille en ricanant parce que j’avais laissé Stella enfermée sans ouvrir les fenêtres. Ensuite je suis rentrée et j’ai nettement moins rigolé quand il a fallu commencer à nettoyer.

J’ai contourné la table pour ouvrir les fenêtres sans risquer de marcher dans la mare sans canard (n’aggravons pas la situation). J’ai remonté mes manches et j’ai fait un chignon. J’ai mis le masque de chantier que m’avait donné mon père, celui avec deux gros élastiques et un système de serre-nez. J’étais parée.

Je n’ai trouvé Stella nulle-part et elle n’est pas venue sur le rebord de la fenêtre comme à son habitude. J’en ai déduit qu’elle était restée trop longtemps dans les effluves et qu’elle avait dû faire un malaise sous un meuble.

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