Quand je suis tranquillement dans mon lit en train de lire sur ma plage braille Stella vient (très) souvent me voir, réclame des caresses (alors qu’elle me snobe royalement pour ça en temps normal, précisons-le) et (très) parfois se couche devant la machine, m’empêchant ainsi de l’utiliser.
« Ah oui, tu étais en train de lire grâce à ta plage braille? C’est fabuleux, fabuleux… Oui, non, je m’en tamponne complètement les moustaches. »
En vue de l’article de jeudi je me suis replongée dans un livre en braille papier. Sous ma couette, le bouquin posé contre mes genoux, j’étais à fond dans ma lecture. C’était sans compter sur Stella qui a vu là une place de choix. Elle s’est installée sur mon ventre, un coup pour demander des câlins, un coup pour regarder par la fenêtre (tiens, un pigeon sauvage à tête de moine), m’empêchant ainsi de lire mon livre.
(je suis désolée pour mon lectorat qui me suit par mail et qui a reçu cet article mercredi dernier. C’était une bourde de ma part, gloups)
Je prépare une petite liste pour la marchande de fruits et légumes quand je vais au marché, vu que la communication est difficile ça permet d’aller plus vite. Comme je suis une grande écolo dans l’âme, j’ai décidé de recycler mes relevés bancaires braille en écrivant à la main ce que je souhaite au dos de ceux-ci.
Je pense que la marchande a eu quelques sueurs froides l’autre jour quand je lui ai dit « je vous ai préparé une petite liste! », et que par réflexe je lui ai tedu le papier côté braille avec dessus ce qu’on pourrait appeler un immense dégueulis de poinss en relief.
J’étais dans un état psychologique particulièrement lamentable en ce début d’année 2021. Il y avait eu ce fameux jour où j’étais roulée en boule sous ma couette à pleurer toutes les larmes de mon corps et à ne pas trouver l’énergie de sortir de mon lit. À un moment j’avais réalisé que mon mal-être rejaillissait sur les autres habitants de la maison, alors j’étais allée chercher ma machine à écrire braille et je m’étais mise à écrit plusieurs petits mots à accrocher aux murs dans différentes pièces. C’était des petites phrases d’encouragements plus ou moins sérieuses, les plus philosophiques étant « Bouge-toi le cul. » (à côté du canapé) et « Tant qu’il y a du saucisson, tout va bien. ». Toutes sont aux murs depuis avril et n’ont pas bougées depuis.
Hier soir, alors que j’étais en train de me chausser pour sortir Manille, je me suis souvenue que j’en avais placardé deux dans l’entrée. Ça va doucement en ce moment, le moral est un peu dans les chaussettes (de Noël). J’avais oublié ce qu’il y avait d’écrit ici, donc je me suis dit que ça serait un peu comme une surprise motivante de le redécouvrir.
Et bah ça m’a fait du bien, et la première m’a même fait rire. Merci, moi d’avril.
(Deux petits papiers scothés sur un mur blanc. Est écrit en braille: « je suis en train de lire du braille » sur le premier et « le plus dur a été fait » sur le second)