Je suis devenue très expressive avec l’apparition de la surdité. Hausser un sourcil ou les deux, les froncer, faire une vague (j’appelle ça la danse des sourcils); rouler des yeux, les écarquiller ou cligner des paupières; gonfler ou mordre l’intérieur des joues, pincer ou tordre la bouche… Tout un art à mi-chemin entre chorégraphie contemporaine et yoga du visage.
Cette palette de mimiques est une façon pour moi de communiquer sans parole, un peu pour me réfugier dans le silence, surtout pour indiquer à mon interlocuteur où j’en suis dans la conversation: je comprends, j’ai lâché le fil, je suis curieuse/étonnée/choquée/etc. C’est une façon de garder le lien avec la personne qui me parle, lui montrer que je l’écoute. Et puis bon, mon handicap fait peur alors quelque part ça doit rassurer les gens de me voir avec la dégaine de Charlie Chaplin et pas l’apathie de la créature de Frankenstein (enfin je dis ça si ça se trouve c’est PIRE et je fais pleurer les enfants sans le savoir).
Tout ça pour dire, je me suis rendue compte qu’il allait vraiment falloir faire attention maintenant que le masque n’est plus obligatoire quand, l’autre matin, mon fromager m’a dit un truc que j’ai pas compris et que je lui ai répondu par une belle grimace.