Stage

Souvent, quand les gens m’agacent par leur assistannage ou leur validisme, je me dis qu’il faudrait que je les prenne en stage.


Quand j’étais en 3e, j’ai fait mon stage dans une clinique vétérinaire. À la fin de celui-ci, le vétérinaire l’a validé en écrivant: « observation pure » (ce qui veut dire que toute la semaine je m’étais promenée dans la clinique avec un carnet de notes mais je n’avais touché à rien).

Le matin était consacré aux opérations, l’après-midi aux consultations. J’ai assisté à l’ovariectomie d’une chatte, à la castration de je ne sais plus quelle bestiole mais je me souviens du procédé, au soin de l’abcès d’un lapin qu’on aurait dit qu’il avait de la mozzarella plein la joue et il fallait tout retirer, à l’arrachage de dents trop entartrées d’un American staff (la table était inclinée pour que le sang s’écoule et ça faisait un bruit des enfers dès qu’un croc était extrait, donnez des cornes ou des bois à ronger à vos chiens pour éviter ça). Mais ce néitt pas le plus « dingue » de ce que j’ai vu.

Un matin, quand je suis arrivée, l’équipe était déjà là avec un monsieur qui était venu pour son chien, un vieux labrador (comme Manille) sable (pas comme Manille). Le chien avait l’habitude de manger n’importe quoi (dont du plâtre) et là il avait quelque chose dans l’estomac qui n’avait pas pu être révélé avec l’imagerie médicale. Il fallait donc l’opérer pour retirer le corps étranger de l’estomac.

J’étais adossée à un mur avec mon carnet de notes durant l’opération. Sachez que l’intérieur d’un corps ça pue grave, ça schlingue à mort même. J’ai senti une espèce de nausée. Ce n’était pas la vue de l’opération qui me portait au coeur mais cette infâme odeur. Je me souviens, du haut de mes 14 ans, me dire: « Non, ça va aller, c’est ridicule, tiens bon, c’est intéressant ». Mais. J’ai fait deux pas pour sortir du bloc et arrivée au niveau de la porte mes jambes se sont dérobées sous moi, c’est l’assistante vétérinaire qui m’a rattrapée. Elle m’a faite assoir dans la salle de repos. J’avais l’impression d’avoir une cloche sur les oreilles. C’était mon premier malaise vagal et le plus gros (par la suite, j’ai appris à les anticiper et à réagir dès la sensation de nausée).

Du coup, je n’ai pas pu assister à la fin de l’opération mais je vais quand même vous la conter: le corps étranger était une chaussette ou un collant et le chien, qui était trop vieux, n’a pas supporté l’anesthésie et est mort sur le billard.


Le stage que je donnerais serait moins émouvant, quoi que. Ce serait un stage d’observation pure: les stagiaires auraient l’INTERDICTION FORMELLE d’intervenir (genre si quelque chose leur prend 10 secondes, il leur faudra me regarder m’acharner à la faire durant 5 minutes avec mes moyens). De l’observation pure. Pas de café ou de photocopies à préparer, c’est moi qui faiss tout et tant pis si ça prend 10 plombs.

2 commentaires

  1. Avatar de Justin Busch Justin Busch dit :

    Ouf, l’histoire du pauvre labrador qui n’a pas supporté l’anesthésie, ça me rappelle ce qui est arrivé à M. Descarottes.

    Mais j’avoue, je m’intéresserais assez bien à regarder certaines choses que vous avez décrites au passé de plus proche, surtout l’opération de la plage braille. Je parle de votre écriture à plus de gens que vous ne le savez, hors ligne, et croyez-moi, beaucoup de monde trouve votre quotidien intéressant !

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    1. Avatar de Billie Billie dit :

      Oui, le monsiaur était en larmes quand on lui a appris que son chien était mort. J’ai toujours cette crainte quand Manille se fait opérer.

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