Pot de départ

Cher lectorat,

Je ne sais pas comment commencer. Ce billet paraîtra le 1er octobre mais je le rédige le 30 septembre. hier (aujord’hui), c’était le grand jour. Et avant-hier (hier), c’était le dernier jour.

En fait, mardi 29, j’avais rendez-vous au service ORL de l’hôpital du Kremlin-Bicêtre pour le réglage annuel de mes implants cochléaires (IC). Il y a sur ce blog une étiquette intitulée « implant cochléaire », dans laquelle j’ai partagé des bribes de mes séances d’orthophonie (surtout de gros quiproquos dus à mon intelligibilité). Il y a aussi plusieurs billets (au moins deux, si mes souvenirs sont bons) sur les spasmes au visage produits par mes IC sur le nerf facial et compliquants un peu le réglage (dont l’un intitulé Mutant Brain, en référence à une pub de parfum). Je souhaite passer rapidement sur ce rdv mais du coup c’était un peu ça: un mélange entre « hein? » et « ouch! ». Le réglage, c’étaient des bips dans mes processeurs. J’ai passé la séance à faire un geste ressemblant à « s’il te plaît » en Langue des Signes Française (LSF) pour indiquer que j’avais un spasme au visage. Si je ne dis pas de bêtise, le signe consiste à passer la tranche de la main du haut vert le bas du visage, pouce sorti. En LSF, on parle d’iconicité: la ressemblance entre le sens du signe et ce qu’il désigne (« boire », ça ressemble à un verre que l’on boit, par exemple). Je doute que la petite histoire derrière « s’il te plaît » soit: « un éclair vient de me zébrer la face du sourcil au menton ».

Ce rdv était aussi l’occasion pour Manille de gui¤er une dernière fois. J’avais rdv à 13h et dès le matin je l’avais prévenue que « tout à l’heure, on va travailler ». Elle était joyeuse, ça m’a brisé le coeur. Mais peut-être que pour elle, « travailler » voulait dire « partir en vadrouille avec toi ». Si c’est le cas, ce n’est pas un abandon même si elle ne travaillera plus.

En chemin vers Bicêtre, j’ai dit à Père que je ne pensais pas que ça m’affecterait autant et qu’en fait c’était un peu dur de se dire que c’étai son dernier jour. Père a été très philosophe en me faisant remarquer que ça pouvait également être son premier jour. Donc, oui, hier (aujourd’hui, le 30, #MalDeCrâne), c’était effectivement le premier jour. Pour elle, bien sûr, mais pour moi aussi. Et c’est ça le positif à retenir dans cette histoire: ce n’était clairement pas gagné d’avance mais finalement je la garde avec moi (à lire dans le billet de demain, le 2, soit après-demain au moment où j’écris, #DésintégrationNeuronale). Je suis sa famille de retraite (en réalité, un peu la famille Adams le truc, entre Une handicapée qui l’a déjà laissée passer une nuit sur le paillasson et une chatte qui ne fait que la taper, imaginez à présent Manille se jeter contre la baie-vitrée en hurlant: « Ne me laissez pas avec eeeeelles!!!! »).

Pourtant, le soir, en revenant des besoins, j’ai eu les larmes aux yeux. Je l’ai serrée contre moi en répétant que c’était fini, qu’elle ne travaillerait plus. Elle s’est presque dégagée, l’air de dire: « Bon, tu me lâches maintenant?! J’aimerais aller faire dodo! ». Voilà, clap de fin ambiance happy end

Le spectacle doit continuer, comme on dit (peut-être que dans la chanson). À nous les costumes à paillettes et à frou-frous.

Billie

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