La poupée ensorcelée (!!!)

En l’occasion d’Halloween demain, je vous propose une petite histoire horrifique qui vous donnera à coup sûr la chair de poule. Il s’agit d’un mélange entre souvenirs et script d’une vidéo tournée avec ma petite soeur quand je devais avoir 11 ans et elle 9 ans.


Lieu du tournage

L’entièreté de la vidéo a été filmée au troisième et dernier étage de la petite maison, non pas dans la prairie mais à Montfalgoux, en Lozère (tremble, Laura Ingalls!). Nous y étions pour les vacances d’été.

Il faut imaginer une pièce unique sous les combles avec une trappe ouverte et une échelle permettant d’y accéder. En face de la trappe un lit simple ; à sa droite, un lit double. eEn face du lit double, un petit bureau. Tout à droite, après le lit double, il y a un petit placard à deux portes posé au sol. Il y a une unique fenêtre du côté du lit simple et du bureau, de type velux. Curieusement, le mur d’en face n’est pas « penché ». Ha et le revêtement des murs est un peu brut, on dirait de la pierre (de type maison en meulière, le prestige en moins).

« Entrez, messieurs les voleurs! », comme dirait ma mère, même si en réalité vous ne trouverez rien à voler.

Les personnages

Ma soeur et moi incarnions des citadines un peu coincées en vacances à la campagne. Pour n’offenser personne, nous les rebaptiserons Eustachine (moi) et Robertrude (ma soeur).

Eustachine porte un foulard rouge, marron, blanc et je ne sais plus quoi, un t-shirt ample blanc, une jupe bleu ciel et des chaussures imitation jean Lulu Castagnette.

Robertrude porte un t-shirt rose, un jean bleu foncé et des espèces d’espadrilles un peu compensées à sangle rose.

Le matériel cinochétoblabla

Nous avions filmé avec la webcam de mon vieux Packard Bell portable. L’image est donc un peu floue. Le son est légèrement décalé et, avec le ventilateur de la batterie de l’ordinateur, il y a un « brrrrrr » en fond sonore.

J’ai oublié le nom du logiciel de montage vidéo, mais c’était à la fin des années 2000. Pour l’incrustation de texte, j’avais utilisé une police proposée par celui-ci. Pas du comic sans ms, attention! C’était une police « halloweenesque », orange, rouge et noi, avec le bord des lettres un peu pointu.

INTRO

Plan 1: un fond noir. Au milieu, un carré avec la photo d’une poupée blonde en plastique. Au-dessus de la photo, il est écrit: « La poupée… ».

Moi, en voix off: La poupée…

Ma soeur, en voix off: Gniah-hah-hah!

Dans un effet spécial des plus spéciaux, l’image devenait une vidéo de la poupée fonçant tête la première sur la caméra, avec en titre: « ensorcelée!!! ».

Moi, braillant en voix off: Ensorcelée!

Ma soeur, braillant en voix off: GNIAH-HAH-HAH-HAH HAH-HAH-HAH!

Plan 2: sur fond noir, juste en texte: « Que le cauchemar commence… ».

Ma soeur, en voix off, sans crier mais flippante: Que le cauchemar commence…

Moi, en voix off, crescendo et vers la fin ça ressemblait un peu à un larsen: Gniark, gniark, gniark, gniark, gniark, gniark, gniark, gniark, gniark!

SCÈNE 1: Arrivée de robertrude

Plan: la trappe, avec sur le mur du fond une superbe rangée de pots-de-chambre en plastique (car dans cette maison les WC sont dehors et la nuit, si on veut faire pipi, il faut utiliser un pot-de-chambre).

Robertrude, montant à l’échelle avec des sacs en papier marron: Ohlala pfff, comment c’est nul ici, je me suis tordu la cheville! *Bah oui tu m’étonnes, une chance que tu te sois pas réellement viandée sur l’échelle avec tes espadrilles.*

Elle arrive enfin sur le plancher.

Robertrude, montrant son pied à la camér comme si elle s’adressait à une assemblée de podologues: Regardez, regardez! En plus, avec ces satanés talons…

Elle tourne alors la tête vers la droite.

Robertrude: Oh! Un vrai lit! (lâchant ses sacs et se ruant hors-champ vers le lit double) Oouaaaiiis! *Il s’agissait du « Ouaaaiiis! » le moins convaincu et le moins convaincant de la Terre.*

SCÈNE 2: Arrivée d’Eustachine/une intense déception s’abat sur les soeurs

Plan: toujours la trappe avec l’échelle qui dépasse.

Eustachine, escaladant l’échelle: Ahlala, j’en ai marre, hein! Le maînre d’hôtel… le maître d’hôtel, il aurait pas pu porter mes sacs! Ha ça non, c’est compliqué! (

Elle continue de se plaindre puis s’assoit au sol avec, elle aussi, des sacs en papier marron et un sac en tissu Pucca.

Eustachine, découvrant la chambre: Quoi! C’est ça, cet endroit… pourri où on va dormir?! Mais… C’est monstrueux! C’est monstrueux… Robertrude!

Sa soeur se jete alors dans ses bras.

Eustachine et Robertrude, geignant en choeur: Hiiin! Hiiiiin!

Le quatrième mur est à nouveau brisé par Robertrude qui lance des petits coups d’oeil à la caméra. L’une des deux file un coup de pied dans un sac et, avec le décalage du son, ça fait « frrr! » alors qu’elle ne le touche plus. S’en suit un blanc un peu trop long.

Eustachine: Il faut qu’on fasse quelque chose ou ça va mal aller. *De quoi tu parles?* Défaisons les sacs! (s’élançant hors-champ en fredonnant l’air des malheurs de Sophie *Je devais trouver mon impro cool alors que c’était ridicule.*) Je dormirais dans le lit là-bas! *Farcis-toi le lit simple, Robertrude!*

SCÈNE 3: La missive de Robertrude

Plan: le petit bureau. Une lampe est allumée dessus. Une nappe en toile cirée bleue le recouvre. On voit le vieux coucou de ma mère (pas le piaf mais un téléphone portable blanc semblable à un bloc avec que des touches et un petit écran pas tactile). Robertrude y est assise et rédige une lettre.

Robertrude, en voix off: Cher Papa, chère Maman, nous sommes bien arrivées. Ici, c’est vraiment pourri. J’ai hâte de rentrer à Paris et de vous revoir.

Soudain, la lampe s’éteint. Robertrude sursaute.

Robertrude, toujours en voix off: Oh! La lumière s’est éteinte! *Merci de l’avoir fait remarquer, Robertrude.*

SCÈNE 4: Robertrude mène l’enquête

Plan: le mur à côté du petit bureau où il y a la prise électrique. Elle est « vide ». Robertrude tient le fil de la lampe dans sa main et observe la prise.

Robertrude, en voix off, sur le même ton que « Ouaaaiiis! »: Oh bah quelqu’un a débranché le câble! *Une personne décidément très perspicace, cette Robertrude!*

SCÈNE 5: Robertrude continue de mener l’enquête

Plan: le lit double. Eustachine y est allongée, bras croisés derrière la tête, avec ses chaussures Lulu Castagnette. Robertrude apparaît dos à la caméra.

J’ai un doute mais je crois que nous avions doublé par-dessus cette scène parce que le son était bizarre post-montage.

Robertrude: Eustachine, c’est toi qui a débranché le câble?

Eustachine, s’asseyant d’un coup: Bien sûr que non, pourquoi tu penses ça, hein, dis-moi? *Fabrice Luchini n’a qu’à bien se tenir.*

Robertrude, se tournant vers la webcam, en fait c’était pour la couper en scred: Mh, c’est bizarre!

SCÈNE 6: Robertrude va chercher à boire

Plan: la trappe. Robertrude se tient par une main à l’échelle et, dans une attitude nonchalante, cheville croisée devant l’autre, inspecte ses ongles que l’on imagine parfaitement manucurés.

Robertrude: Bon bah je vais chercher de la limonade!

Eustachine, hors-champ: Bonne innée… bonne idée! Je crève de soif *Ça fait deux fois que l’actrice a des problèmes de diction, faudrait peut-être consulter ; en plus, vous n’entendez pas sa voix mais on a envie de lui flanquer une grosse claque en lui disant d’aller se moucher.*

SCÈNE 7: Eustachine la bookstagrameuse

Plan: le lit double sur lequel Eustachine est toujours assise.

Eustachine: Ha, je vais enfin pouvoir bouquiner tranquillement, moi! C’est vrai qu’avec tout ça, je n’avais pas eu le temps!

Elle se penche sur le côté pour se saisir d’un roman. La boucle de sa chaussure Lulu Castagnette accroche un peu la couverture qui se soulève légèrement avec son pied tandis qu’elle fouille à la recherche de son livre.

Eustachine, dont la voix est un peu étouffée car elle se tient toujours penchée: Heureusement, j’ai amené de quoi lire!

SCÈNE 8: L’horrifiante horreur horrible

Plan 1: le lit double. Eustachine lit son livre.

Eustachine: On dirait qu’il fait sombre… (tournant la tête vers la droite) HAAAA!

La caméra pivote sur ce qui a effrayé Eustachine: un baigneur avec un bob sur la tête, pendu à une poutre grâce au fil de l’aspirateur. Puis, elle revient sur Eustachine.

Eustachine: Qu’est-ce que c’est, mais qu’est-ce que c’est? *Bah… un baigneur avec un bob sur la tête, pendu à une poutre grâce au fil de l’aspirateur.*

Plan 2: Eustachine a les main plaquées sur les joues et regarde à droite et à gauche d’un air terrifié.

En bruitage, ma soeur et moi aboyons, hurlons comme des loups et claquons les portes du petit placard (car ça fait peur). L’effroi est à son comble quand je me mets à pousser un « maaaaw, ma-maaaaaw! ».

Plan 3: Eustachine serre un oreiller contre elle en regardant une poupée, de dos à la webcam.

Wannabe-Chucky, doublée par ma soeur: Je suis la poupée ensorcelée! Et tu vas mourir, tout comme ce bébééé!

À ces mots, Wannabe-Chucky se tourne vers la caméra et fonce dessus, un peu comme dans l’intro, sauf que cette fois, en bruitage, ça fait: « fwwouuuuh! » (un son que j’ai du mal à transcrire, un truc plutôt soufflé censé incarner… je ne sais pas).

SCÈNE 9: Robertrude découvre le cadavre d’Eustachine (et a visiblement oublié de ramener la limonade)

Plan: le sol au niveau du lit simple. Eustachine dépasse de sous celui-ci (oui, non, moi non plus je ne sais pas pourquoi). Elle est sur le dos, l’air morte, du sang sur la paume de sa main (en fait, c’est du ketchup). Robertrude découvre la scène et se jette au cou de sa soeur.

Robertrude, pleurant: Oh noooon! Nooon!

C’est là qu’Eustachine a un mouvement cadavérique puisqu’elle tend les doigts de sa main ketchupée contre le sol et, se rendant sans doute compte que ce n’est pas très crédible, elle reprend sa posture initiale (mais trop tard, on a tout vu).

Alors, Robertrude se met à inspecter la main blessée d’Eustachine et, ce faisant, lui colle son espadrille conthe la joue.

SCÈNE 10: Au tour de Robertrude

Plan: le lit double. Robertrude est de dos, en train de sangloter, la tête dans les bras. Soudain, en contre-jour, une silhouette menaçante apparaît sur le côté gauche. Elle porte une serviette autour de la tête (même pas nouée donc il y a un pan qui tombe dans le vide) et tient un couteau à bout rond. Elle lève son coteau et au moment où elle va l’abattre, Robertrude turne la tête vers elle et pousse un hurlement.

SCÈNE 11: Pas de ketchup pour Robertrude

Plan: gros plan sur le lit où Robertrude git sur le dos, l’air tout à fait décédée.

En voix off, je ricane de façon machiavélique et ça finit par faire saturer le micro.

OUTRO

Plan 1: fond noir avec en texte: « Fin!!! ».

Toujours avec ma voix machiavélique, on m’entend dire: « Fin, hin hin! ».

Plan 2 et 3: fond noir avec une vidéo dans un petit carré au milieu où ma soeur et moi faisant coucou en souriant. L’une double la vidéo de l’autre pour préciser qui elle jouait. Je n’ai rien de spécial à relever, si ce n’est que, lorsque ma soeur fait coucou, on m’entend dire: « Robertrude, QUI SE FUT ASSASSINER ».

Et c’est ainsi que cette vidéo des enfers se fut terminate.

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