J’ai toujours détesté le shopping. En tout cas, les magasins. Ça m’angoissait terriblement, je n’étais pas à l’aise. Mon problème c’était les gens et puis mon propre corps.
Je me souviens d’une fois à 14 ans, dans une cabine d’essayage, où je m’étais mise à pleurer devant mon reflet et parce que je n’arrivais pas à enfiler le jean que j’avais choisi (qui sont ces génies qui conçoivent les éclairages dans les cabines d’essayage, sérieusement). Sachant que j’ai une taille plutôt standard et que je ne galère pas vraiment à dénicher des vêtements dans lesquels je rentre, mais l’épreuve de l’essayage des pantalons était particulièrement infâme. Aujourd’hui, ça va, mais quand j’étais ado j’avais intégré qu’il fallait complexer sur mes jambes.
Bref, y a ça et puis longtemps je n’ai pas vraiment eu d’identité vestimentaire. J’ai jonglé entre le papier calque qui met ce qu’on lui présente sans se poser de question, suit « la mode » et copie les autres pour se fondre dans la masse ; et le style carnavalesque (fallait voir m dégaine quand j’avais 16 ans, Karl Lagerfeld en aurait perdu ses lunettes). Je ne dis pas que c’est inconcevable de suivre les tendances vestimentaires ou de ne jurer que par le confort et osef du style: j’ai plus ou moins fonctionné ainsi très longtemps. Encore aujourd’hui, je ne sais pas m’habiller, je découvre mes goûts et, parfois, je ne sais pas comment porter un vêtement qui ne faisait pas partie de mon ancienne garde-robe, le tout à bientôt 29 ans.
Le « premier palier », c’était un jour en 2019, tandis que je faisais mon service civique dans un EHPAD. Je me suis regardée dans le miroir de l’ascenseur (on dirait la méchante reine dans Blanche-Neige), avec mon scotome central, et j’ai bien aimé ce que j’ai vu: ce jour-là, j’étais toute en noir. C’est étrange mais je me suis toujours sentie un peu vulnérable en couleur. J’ai mis du temps à monochromer ma garde-robe (notamment par pur esprit de contradiction car je ne voulais pas qu’on associe ma cécité à la couleur de mes vêtements, or 1/ on s’en fiche et 2/ ceci est d la sociologie de comptoir mais en général c’est plutôt l’inverse, en tout cas j’ai souvent vu des personnes aveugles ou malvoyantes faire péter la couleur): aujourd’hui, il ne me reste plus qu’une robe de chambre vert d’eau en pilou-pilou, une veste blanc et bleu achetée en Norvège, le pull de Patoux (un pull en laine bleu foncé avec un chien dessus, vestige de mon enfance) et un pull gris (très confortable certes mais que je garde principalement car Stella aime dormir dessus). Mais le noir, ça ne fait pas tout.
Il y a aussi la forme et la texture. C’est pour ça que ça m’énerve vraiment qu’on me dise: « À votre!e âge, ne porter que du noir, c’est triste! ». Ce n’est pas QUE du noir. Je ne vais pas aimer un vêtement juste parce qu’il est noir. La couleur est un critère de sélection non négociable mais le reste compte aussi. C’est ce que je voulais dire par le fait qu’à mon âge je découvre encore mes goûts. Si vous saviez le nombre d’achats que j’ai faits uniquement pour la couleur ou parce que le vêtement était un peu original mais que je n’ai jamais porté ou presque. Le nombre d’essai-erreur, de tâtonnage.
Au moment où j’écris mon billet, je suis un peu à fond sur les achats de vêtements sur Vinted. C’est par phases: je n’achète rien durant des mois et d’un coup, paf, on dirait une reinette du shopping (à Justin: Les reines du shopping est une émission télévisée dans laquelle les concurrentes sont jugées et notées sur la tenue qu’elles vont se composer durant leur séance de shopping, moi j’ai fait un jeu de mot avec « reinette » qui est une petite grenouille, voilà voilà). C’est peut-être dû au changement de saison. Et au fait d’avoir déménagé à TS: c’est symboliquement une nouvelle vie qui commence, place au neuf (ou au relativement neuf, #SecondeMain).
J’imagine que ne pas voir m’oblige à me creuser un peu la cervelle et à ne pas faire d’achat impulsif (sauf les essais-erreurs, ahem). Ça me prend un temps monstre de chercher sur Vinted car j’utilise la reconnaissance d’image, mais ça a un côté très satisfaisant (UNE FOIS L’ARTICLE ACHETÉ). J’aime bien ouvrir mon colis ensuite, c’est un drôle de mélange entre joie de la découverte et appréhension.