Mauvaise foi

Je suis retournée voir Mme Sourire pour une séance de pédicure lundi dernier. Tandis que je retirais mes chaussures, elle a essayé de me dire quelque chose:

– Chwawawa?

– Pardon, ai-je demandé confuse.

– Wahchwawoaaaah?

– Ouhla. Heu?

– Chwoooaawawah?

– Oh, je suis désolée! J’ai eu un réglage l’autre jour mais il est pas terrible on dirait.

– Hahahaha!

La vérité c’est que c’est mon nerf auditif qu’est pas terrible, pas le réglage.

Miche tôt

L’autre jour, je me suis présentée à la boulangerie avec mon petit cabas à roulettes pour acheter trois baguettes et une viennoise. Je tiens à préciser que moi à la base je dis « pain viennois », mais dans cette boulangerie on dit « viennoise » du coup je fais un effort langagier pour éviter tout malentendu. D’ailleurs on ne sert pas de pain suisse dans cette boulangerie, une fois j’ai essayé d’en acheter un pour mon goûter mais on ne s’est pas comprises avec la boulangère et je suis repartie avec un vieux pain de campagne tout sécos (je vous laisse imaginer ma déception en arrivant chez moi: il était bien lourd ce pain suisse mais en fait c’était pas un pain suisse, étouffe(toi bien pour ton 4h espèce de dindasse va). Comme elles étaient deux ce jour-là, l’une s’est occupée de glisser elle-même ma commande dans mon cabas pendant que l’autre me faisait payer (en m’assommant à coup de pain de campagne, non en fait elle m’a juste indiqué le lecteur de carte bleue). Des clients sont arrivés et comme d’habitude j’ai rien vu rien entendu. La boulangère à la caisse a posé une baguette sur le comptoir que je me suis empressée de fourrer avec le reste de mes courses en lui disant au revoir.

Ce n’est qu’une fois chez moi, en déballant mes courses, que j’ai compris qu’en fait j’avais embarqué le pain du client derrière moi. Oups.

Serge

Rééducation orthophonique. L’orthophoniste me donne une liste de mots commençant par « la ».

L’orthophoniste: Lama.

Moi: Lama?

L’orthophoniste: Oui! Comme Serge le lama!

Moi, repensant amusée à l’anecdote de ce lama qui avait pris le tramway à Bordeaux: Oui!

L’orthophoniste: On n’entend plus parler de lui d’ailleurs.

Moi, comprenant, déçue: Ah, ouais. Paraît qu’il a pris sa retraite.

En fait elle parlait non pas de Serge le lama mais de Serge Lama.

Il est quel jour

Aujourd’hui, le 27 juin, c’est la journée mondiale de la surdicécité. Ça tombe le 27 juin car Helen Keller est née ce jour-là. Il y a d’ailleurs un rapport entre le nom de cette grande dame et celui de ce blog. Si ça vous intéresse, un jour peut-être, je vous raconterais l’anecdote derrière Il Est Quelle Heure.

Drôle d’oiseau

Hier au marché, un monsieur qui passait dans les allés s’est figé pour me regarder. Je sais pas si c’était à cause de la canne blanche, des implants cochléaires, des bras bariolés d’encre ou de l’aura intersidéral. Peut-être bien que c’était l’ensemble.

Les gens me regardent souvent comme si je les voyais pas. Or, c’est vrai que je vois pas très bien mais je vois un peu quand même.

Crop top

Manille a été opérée de deux lipomes sur les flancs. Elle a un pansement de chaque côté du ventre le temps que la cicatrisation se fasse. Ça lui donne un petit air de vache-hublot.

La première fois qu’elle a fait un lipome celui-ci était sous son aisselle droite. J’imagine que la vétérinaire ne pouvait pas mettre de pansement à cet endroit-là car j’ai dû lui faire porter un t-shirt large jusqu’à ce qu’on lui retire ses fils. Un calvaire.

Déjà il faut visualiser que Manille est un petit gabarit de labrador. Je l’ai eue quand elle avait 2 ans et demi mais les gens me demandaient systématiquement si c’était encore un bébé (sous-entendu est-ce qu’elle va encore grandir). À bientôt 7 ans elle grisonne un peu du menton et les gens ne me font plus cette remarque. Maintenant ils me disent qu’elle est grosse.

Pour en revenir à mon histoire, de par sa petite taille le t-shirt de Manille traînait au sol et elle se prenait les pattes arrières dedans quand elle marchait (vous avez le droit de rire même si c’est pas sympa). Du coup il fallait faire un petit noeud pour le cintrer à la taille. Avec un jean taille basse et des cheveux gauffrés elle aurait eu un style de chanteuse des années 2000 (à ceci près que son noeud était dans le dos).

Ensuite, Manille détestait cet accoutrement (on peut la comprendre, c’était vraiment ridicule). Je sais pas comment elle avait fait son compte mais un matin je l’ai trouvée affalée par terre avec le col du t-shirt descendu au niveau des hanches, comme une jupe. Elle avait réussi à retirer ses pattes avant des manches mais avait visiblement jeté l’éponge pour se débarrasser complètement du vêtement. J’ai pas compris ce qu’il s’était passé. Elle non plus je crois.

Changement de décor (Rummidge tome 1) | David Lodge | Rivages (2014)

David Lodge m’a tellement plu qu’après Un tout petit monde j’ai enchaîné avec Changement de décor. J’ai été ravie d’y retrouver certains personnages (dont Morris Zapp que j’avais adoré) 10 ans plus tôt. Avoir lu le tome 2 avant le tome 1 ne m’a pas gênée dans ma lecture et m’a permis de comprendre certaines références que je n’avais pas dans Un tout petit monde (cf: le fameux jeu de société inventé par Philip Swallow).

J’ai bien aimé le contexte de révolution étudiante du roman. L’histoire se déroule en effet en 1969: les États-Unis et l’Angleterre connaissent eux aussi leur mai 68 (façon de parler pour l’Angleterre). David Lodge, qui à la même époque était parti enseigner dans une université américaine, s’est apparement servi de son expérience et de journaux qu’il avait collecté. Comme pour Un tout petit monde on fait un saut dans le temps.

Côté structure, certains chapitres ne sont pas écrits comme un roman classique ce qui donne un dynamisme à l’histoire (qui est censée se passer sur 6 mois en plus). Il y a par exemple un chapitre où Morris écrit à sa femme Désirée, Désirée écrit à Morris, Philip écrit à sa femme Hilary et Hilary écrit à Philip. C’est drôle de voir la différence de style de chacun et les bobards qu’ils se racontent. Bref, une façon bien originale d’avancer dans l’histoire.

J’ai eu une petite préférence pour Un tout petit monde (qui était quand même un coup de coeur, il faut le dire) mais Changement de décor a été une chouette lecture. Il me reste Jeu de société dans la trilogie Rummidge et sinon j’ai bien envie de découvrir d’autres romans de David Lodge.

Deux avions se croisent en plein ciel quelque part au-dessus du pôle Nord ; l’un transporte un professeur américain brillant, spécialiste de Jane Austen, qui arrive d’une grande université de la côte Pacifique, l’autre, un professeur anglais un peu médiocre qui vient d’une université des Midlands et n’a d’autre titre de gloire que de savoir concocter des épreuves d’examen. Ils ont décidé d’échanger leur poste pour une durée de six mois. C’est avec ce roman que David Lodge a inauguré sa série désormais célèbre qu’il poursuivra avec Un tout petit monde et Jeu de société et dans laquelle destins et chemins se croisent et s’entrechoquent dans un humour subtil.

J’aime pas l’été

Aujourd’hui, nous voilà officiellement en été, cette saison que j’aime le moins voire que je déteste le plus.

J’aime pas l’été parce qu’il fait chaud, on sue, on suinte et on colle.

J’aime pas l’été parce que c’est difficile et parfois impossible de faire travailler ma chienne guide avec la chaleur. Même la simple sortie pipi devient un vrai casse-tête pour éviter qu’elle se brûle les pattes sur le macadam.

J’aime pas l’été parce que j’évite de m’exposer au soleil, alors je bronze pas. Ça me complexe, du coup j’aime me mettre de l’encre sous la peau pour pas qu’on voit comme je suis pâlotte. Ceci dit, après, j’évite encore plus de m’exposer au soleil pour ne pas abîmer mes tatouages. C’est peut-être un cercle vicieux. De toute façon, j’aime pas l’été si je dois vous le rappeler, donc je vais certainement pas mettre le nez dehors.

J’aime pas l’été parce que c’est supra naze la banlieue parisienne l’été. Pourquoi à votre avis les provinciaux râlent de voir les Parisiens (et les ploucs qui vivent autour de Paris) débouler chez eux? C’est parce que la banlieue parisienne c’est supra naze l’été. CQFD.

J’aime pas l’été parce que je suis photophobe, mais comme j’ai des implants cochléaires je ne peux pas faire tenir de chapeau sur ma tête. du coup pour ne pas être éblouie quand je sors je dois prendre un parapluie et j’ai l’air tarte.

J’aime pas l’été parce qu’il fait chaud. Je l’ai déjà dit mais avec le réchauffement climatique ça va devenir pire. Paraît qu’on va se taper des épisodes de canicule plus fréquents, plus longs et plus intenses; pendant que des connards chouinent parce qu’il faudrait interdire leurs déplacements en jet privé et qu’ils ne sont pas prêts à renoncer à leurs privilèges de sales petits égoïstes de (ça y est, je suis énervée).

J’aime pas l’été parce que les fruits et légumes d’été sont plus chers et que moi, j’aime les fraises et l’argent mais pas les concessions. Je me fais quand maême plaisir en achetant des fraises car les fraises il n’y en a que l’été, ce qui est nul parce que.

J’aime pas l’été parce qu’avec la chaleur, la Marne sent très mauvais.

J’aime pas l’été parce qu’il faudrait avoir un summer body et moi je suis en mode winter toute l’année.

Le seul truc que je tolère un peu plus l’été, maintenant que je suis sourde, c’est que je n’entends plus les moustiques voler près de mon oreille la nuit. Ça gratte toujours au matin mais, j’imagine que c’est déjà ça.

Là c’est ficelé

Manille a été opérée jeudi dernier. Père est passé tôt le matin pour qu’on la dépose à la clinique vétérinaire. Je devais être un peu préoccupée par tout ça car j’ai fait un rêve atroce la veille de sa chirurgie.

Je devais prendre un bus pour récupérer la chienne à l’appartement et l’emmener à la clinique afin qu’elle soit opérée. J’étais un peu à la bourre, le rendez-vous était bientôt. Alors que je marchais vers l’arrêt de bus, plus précisément l’arrêt de bus vers l’autre direction car je venais de me tromper, les lacets de ma chaussure gauche se sont noués à ceux de droite et vice-versa. J’étais comme qui dirait entravée dans ma progression. Je me suis baissée pour les défaire en bougonnant: « Bah bien sûr! » (car en effet, ce genre de chose m’arrive souvent). Une fois les lacets correctement noués j’ai recommencé à marcher. Ils se sont malicieusement renoués entre eux (Harry Potter, sors de ce buisson!). C’est alors que j’ai vu mon bus passer. Un passage piéton nous séparait. Catastrophe! J’ai commencé à courir à pieds-joints en hurlant: « Retenez le bus!!! ». C’était épique. Ou ridicule, je ne sais pas.

Hauts les coeurs

Je n’ai pas des résultats ultra bons avec mes implants cochléaires. Ça rame pas mal avec la compréhension ces dernières semaines et mon équipe voudrait me faire passer des tests assez rapidement pour comprendre ce qui ne va pas et s’adapter. Elle pense que mon nerf auditif fatigue, m’a expliqué mon ORL.

Il n’y a pas besoin d’être Einstein pour comprendre qu’avoir le nerf auditif qui fatigue c’est mauvais. Pourtant j’ai demandé à mon ORL ce que ça impliquait, d’avoir le nerf auditif qui fatigue.

J’ai eu du mal à ne pas sourire tandis qu’il prenait un certain temps pour réfléchir à sa réponse. En fait, je me suis sentie aussi mesquine que si j’avais demandé à mon oncologue: « Mais docteur, ça implique quoi que j’ai des métastases partout? »

Charlie Chaplin disait: La vie est une tragédie lorsqu’elle est observée en gros plan. Mais c’est une comédie lorsqu’elle est vue de loin.