Souvenirs D’EHPAD #11 : Monsieur Flotte

petit passage en unité protégée où nous avons croisé l’un des résidents dans la chambre d’une autre personne…

Moi: Monsieur Flotte, c’est pas votre chambre!

Mon collègue de service civique: Oui, vous sortez Monsieur Flotte?

Monsieur Flotte: Non.

On avait de la graine de racaille dans cet EHPAD.

Les toilettes de Stella

La caisse à litière de Stella est équipée d’un « toit » et d’une petite « porte-vitrée battante » style chatière. Ce type de caisse n’est pas recommandée par les comportementalistes félin mais l’autre quadrupède de la maison étant un brin coprophage sur les bords et aimant se faire des encas de crottes de chat (oui Manille, tout le monde te juge) ce dispositif était nécessaire.

L’autre jour en me baissant j’ai donné un coup de fesse dans la chatière et les petits crochets en plastique qui la maintenaient en place se sont arrachés.

Moi: J’ai cassé la porte des toilettes de Stella. 😭😭😭

Père: Qu’on m’apporte une petite vis et une boîte d’allumettes.

Une caisse à litière pour chat avec un toit-couvercle et une petite porte-battante transparente.
La caisse façon MacGyver

EDIT: J’ai porté un coup fatal à la porte et cette fois-ci c’est plus difficilement réparable. C’est ce qu’on appelle « péter les chiottes ».

Souvenirs D’EHPAD #10 : Faurniquer

On faisait une activité qui consistait à trouver des mots commençant par certaines lettres. Les résidents étaient en cercle face à un grand tableau sur lequel nous écrivions les mots qu’ils avaient déjà trouvé. À cet instant nous cherchions des mots en fa:…

Madame Olé: Forniquer!

Mon collègue de service civique: Non!

Madame Olé, 1 minute plus tard: Forniquer!

Mon collègue de service civique: Toujours pas!

Madame Olé, 1 minute plus tard: Forniquer!

Quelques résidents agacés: Oooooh!

Mon collègue de service civique: Non Madame Olé! On cherche des mots qui commencent par fa !

Madame Olé: Ah j’osais pas le dire en plus.

Grille-pain

Mon anniversaire approchant j’ai fait une « wish-list » de cadeaux à ma famille. C’est un truc que j’avais déjà fait l’an dernier. La démarche peut sembler étrange mais ça me permet d’aiguiller mes proches en panne d’inspiration tout en restant le plus possible dans un esprit zéro déchet/objet dont j’ai vraiment besoin. Dans ma wish list cette année il y a un grille-pain; mais attention j’ai demandé un grille-pain de seconde main acheté soit chez Emmaûs, soit sur Leboncoin, soit chez Kazoo.

L’autre jour mon père et ma soeur sont passés chez moi après être allés chez Action. J’ai demandé à Père ce qu’ils y avaient trouvé et il m’a dit qu’ils avaient acheté un grille-pain. J’ai dû faire une tête en mode « Ah, ouais, un grille-pain. » car mon père s’est empressé de rajouter: « Pour ta soeur ».

Voilà je pense que je suis fichée par ma propre famille.

Souvenirs d’EHPAD #9 : la porte de Madame Limonade

Je suis passée voir Madame Limonade dans sa chambre un jour. La porte de sa salle de bain était grande ouverte. Elle a avancé vers moi et son fauteuil roulant a tapé dans ladite porte, laquelle a été propulsé contre mon arcade sourcilière. Mon collègue de service civique a entendu l « poc! » depuis l’autre bout du couloir.

Souvenirs d’EHPAD #8 : Canarocky

Atelier boxe à la résidence. Le prof avait enfilé ses pattes d’ours et s’était approché de Madame Canari.

Le prof: Allez Madame Canari, c’est à vous de boxer!

Madame Canari: Et si tu commençais par faire tes lacets d’abords?

Ding ding ding.

Souvenirs d’EHPAD #7 : Madame Limonade

Madame Limonade faisait une fixette sur son décès. Elle était très atteinte cognitivement et me donnait l’impression d’être déjà un peu partie.

Un matin, alors qu’on faisait la revue de presse à un petit groupe de résidents dans la salle TV, elle a débarqué dans le couloir. Elle faisait avancer son fauteuil roulant en traînant les pieds par terre et elle geignait: « J’veux mouriiir! J’veux mouriiir! ». Comme c’est mon collègue qui faisait la lecture et que je me contentais juste de rebondir (j’irais pas jusqu’à dir que je n’étais pas essentielle mais bon, cf: « Quel drôle d’accoutrement qu’ils ont les gilets jaunes, vous ne trouvez pas? ») je me suis levée de mon tabouret pour aller voir la dame.

– J’veux mouriiir! Vous vous rendez compte, j’ai 94 ans et j’arrive pas à mourir! a-t’elle geint.

– Mais non Madame Limonade, vous n’allez pas mourir! j’ai répondu.

Je regrette beaucoup de lui avoir dit ça. C’est ce que tout le monde lui répondait: vous n’allez pas mourir, Madame Limonade. Or, si on l’avait écoutée un peu elle ne disait pas qu’elle ne voulait pas mourir mais qu’elle VOULAIT. Elle n’était plus bien, elle était très tourmentée. J’aurais aimé lui répondre: « Mais si Madame Limonade, encore un petit effort vous allez y arriver! ». On a une vision trop sacrée de la vie mais parfois les gens ne vieillissent pas bien et c’est un peu comme s’ils mourraient avant leur corps.

Cette dame a fini par mourir durant mon service civique. J’ai ressenti un pincement au coeur en même temps qu’un soulagement pour elle quand j’ai appris son décès. Je pense que si elle aussi l’avait su elle aurait été contente.

Souvenirs D’EHPAD #6 : atelier poste

Un jour, alors qu’il allait y avoir l’atelier boxe, j’ai étée chargée d’aller chercher Madame Feuille dans sa chambre. Madame Feuille avait une DMLA et était très sourde. Elle avait des appareils auditifs mais elle ne devait pas les porter dans sa chambre.

– Madame feuille vous venez, il y a l’atelier boxe, ai-je dit.

– Comment? m’a-t’elle répondu.

– Il y a l’atelier boxe.

– Hein?

– L’atelier boxe!

– Quoi?

– La boxe!

À ce moment-là j’ai pris une grosse voix pour que la dame m’entende. Il s’agissait pas de crier (quoiqu’on n’en était pas loin) mais de prendre la voix la plus grave possible.

– La boxe!

– La poste?

– Non, la bo-xe!

– La poste?

– Bo-xe!

– Poste?

Ma cheffe est passée dans le couloir et s’est marrée en nous entendant.

– IL Y A LA BOXE!

– Heu. La poste?

– LA BOXE!

– La poste?

– BO-XEUH!

– La poste?

Elle était aussi bouchée que moi maintenant putain.

– BOOOO-XEUUUH, BOXER! ai-je dit en lui boxant (doucement hein) le bras.

– Ah! La boxe?

– Ooouuuiii!

Ça vaut des clous

Père m’a fait savoir que j’étais proche de mes sous. Venant de la part d’une personne qui, au magasin de bricolage, rempli son sachet vrac en empilant les clous un à un pour pas qu’il y ait d’espace vide entre eux et avoir ainsi le maximum de clous au prix du sachet, je trouve que la remarque pique un peu.

(Père m’en voudra sans doute de vous avoir révélé son astuce secrète)