Le professionnalisme

Pour écrire mon chef d’oeuvre d’article nommé Escitalopram, j’ai voulu vérifier le nom du médicament afin de l’orthographier correctement. J’ai donc pris ma boîte d’antidépresseurs et me suis accroupie dans la cuisine pour lire le braille inscrit dessus. J’aime bien être accroupie car je ne tangue pas (c’est un peu étrange mais j’ai un meilleur équilibre comme ça que debout à rien faire). Stella est venue voir ce que je faisais. Pour l’amuser j’ai lancé la boîte sur le sol à la manière d’une boule de bowling. La chatte en a eu rien à péter. Elle s’est contentée de rester assise devant moi sans bouger.

Et maintenant essaye de retrouver ta boîte de médicaments, bouffonne d’aveugle.

Baguette magique

Il se passe un phénomène étrange que j’aimerais bien éclaircir. Quand mon père m’apporte une baguette de pain, c’est systématique: le croûton censé dépasser du sachet a disparu. Je n’y comprends rien. Écrivez-moi si vous avez des pistes.

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J’imagine que vous ne vous y attendiez absolument pas mais en fait c’est Père qui fait disparaître le croûton de mes baguettes de pain, en le MANGEANT. Il dit que c’est sa commission.

Cuicui les ptits oiseaux

J’ai déjà raconté dans cette anecdote qu’on m’a retiré un petit morceau d’os derrière chaque oreille pour faire passer mes implants cochléaires. Bien que ça ne se remarque pas et que j’arrive à vivre sans ces morceaux d’os, je pense qu’ils avaient néanmoins une fonction essentiel.

En effet, quand je dors la tête sur le côté, en me réveillant et en me relevant de mon oreiller, mon oreille reste « collée » contre mon crâne. Elle met quelques instants à se remettre en place, instants durant lesquels je dois avoir une tête de joyeux canari.

Escitalopram

Mon orthophoniste me demande le nom de mon antidépresseur car mon équipe le soupçonne d’avoir un mauvais impact sur ma compréhension. Comme j’ai toujours mon ordonnance dans mon sac à dos je lui ai tendue. Pour vous faciliter la lecture (et me simplifier la vie aussi) je vous ai déjà parlé de mes antidépresseurs en utilisant le mot « Seroplex », son petit nom dans le milieu de la dépression. Il est en réalité commercialisé sous le nom d’Escitalopram. Mon orthophoniste parcourt mon ordonnance pour recopier le nom du médicament et me lance:

– Il a un nom à coucher dehors!

C’est plus ou moins ce que j’ai pensé la première fois que j’ai lu le mot « escitalopram » sur ma boîte de médicament. Je me suis dit qu’avec un nom pareil c’était un coup à vous faire partir en dépression, et si c’était déjà le cas à vous faire vous jeter dans la Marne.

Allez salut les nazes

Mon chirurgien est passé me faire un petit coucou durant l’une de mes séances d’orthophonie (à peu de choses près c’est vrai). Il a ensuite quitté le bureau en laissant la porte ouverte derrière lui. Manille, à qui je laisse son harnais de chien guide mais lui retire la laisse, en a profité pour se faire la malle. Elle l’a joyeusement suivi dans le couloir malgré les « Reviens Manille! Reviens! » désespérés de mon orthophoniste et moi. Mon ORL a dû faire demi-tour vers nous pour que la chienne daigne rappliquer sa truffe.

La prétendue loyauté des labradors, hein.

Otage félin

Stella est le genre de chat pas vraiment friand de contact physique. En journée je cherche jamais à la caresser. Éventuellement je viens lui parler ou bien je présente ma main quand elle se frotte à mes jambes (main que parfois elle renifle avant de partir en courant, pouah tu viens de toucher un abricot quelle horreur).

Les seuls moment où elle réclame des « câlins » c’est quand je sui dans mon lit, à lire sur ma plage braille ou à dormir. À être occupée quoi. Elle est si peu tactile que je me sens obliger d’honorer sa demande de grattes sur la tête. Ces « câlins » sont des moments précieux. Même si elle me dérange. Et elle me dérange souvent. Et puis ça dure longtemps aussi. Elle se frotte, me met ses vibrisses dans le nez et se met devant ma plage braille l’air de dire: « T’as besoin de tes mains pour lire? Bah t’en as aussi besoin pour me gratter. Et ta plage braille j’m’asseois d’ssus, miaou ». J’ai remarqué que, dans ce contexte précis, elle a l’air de ne pas aimer que je me mouche. Du coup des fois pour écourter un câlin je dégaine mon mouchoir et me mouche bruyamment. Ça fait s’enfuir Stella. Avant, elle partait pour de bon. Maintenant on dirait qu’elle a compris la manoeuvre. Elle revient à la charge. Je suis condamnée à lui gratter la tête pendant 10 minutes alors que j’étais en train de lire un article extrêmement passionnant sur la composition des cailloux. Aidez-moi.

Quand ça veut pas ça veut pas

Hier au marché, la primeuse revient me voir:

– Il n’y a plus de chwawawa, me dit-elle.

– Pardon? je demande.

– Il n’y a plus de chwawawa.

Je repense à la liste de courses que je lui ai donné:

– C’est un légume? je propose.

– Non, répond-t’elle.

– C’est un fruit!

– Oui!

– Fraise?

– Non.

– Citron?

– Non.

– Framboise?

– Oui!

Mo-mo-motus.

(pas sûre que ce soit le principe de ce jeu télévisé, mais je trouvais que ça sonnais bien)

Le toutou.

Un des divers tests auditifs consiste à vous faire écouter puis répéter des mots. Une voix de robot énonce: « Le caillou. Le cochon. Le canard. Le radis. La noisette. », et vous devez répéter chaque mot que vous avez compris. Il me semble que ça s’appelle l’intelligibilité (moi quand je lis dans mes rapports médicaux que mon intelligibilité est mauvaise j’ai l’impression de lire: « Non mais cette patiente est complètement con, on peut rien pour elle désolé »). J’ai eu l’occasion de faire ce test quand mon audition était encore à peu près normal. « Finger in ze nose », comme disait ma prof d’italien au lycée. Avec l’implant cochléaire par contre c’est pas la même limonade.

L’autre jour on m’a fait passer cette fameuse évaluation. Déjà, quand mon régleur m’a annoncé que j’allait faire le test des mots j’ai pas pu m’empêcher de froncer le nez. Je suis allée dans la salle d’examen puis le technicien a commencé à me faire écouter des mots. Et là, parmi le mot « cochon » que j’ai entendu 15 fois donc ça devait pas être ça, j’ai entendu « Le Goui-goui ». Goui-goui étant un des (trop) nombreux surnoms ridicules de Manille. Je ne peux même pas vous dire ce que c’était réellement car c’est pas comme les séances d’orthophonie, les mots s’enchaînent et le but c’est juste de mesurer ce que vous comprenez. Je l’ai bouclée du coup, de toute évidence il n’était pas question de Goui-gou’ et en plus j’avais trop honte de répéter ce que j’avais compris.

Jouer avec la nourriture

Avant je n’avais qu’un scotome central. Il m’arrivait de faire tomber de la nourriture sur le sol de la cuisine mais l’histoire en restait là.

Maintenant j’ai aussi un affreux chaton et je retrouve fréquemment des pâtes séchées ou des feuilles de coriandre rabougries sous mon lit.

Ce qu’on n’entend pas n’existe pas

Hier au marché, la primeuse à qui j’ai donné ma liste de courses et qui a commencé à remplir mon cabas de sacs de fruits et légumes revient me voir…

La primeuse: Chwawawa.

Moi: Pardon?

La primeuse: Chwawawaise.

Moi, intérieurement: Oh non, je crois qu’elle me dit qu’il n’y a pas de fraises!

Moi: Le paiement?

La primeuse: Chawawawaise.

Moi: Il n’y a pas de fraises?

La primeuse: Oui.

Moi: C’est pas grave.

Moi, intérieurement: COMMENT ÇA, PAS DE FRAISES?????!!!!