Moi non plus j’aime pas trop les enfants

Les gens ne sont pas toujours très bien sensibilisés au chien guide et par ricochet leur enfant non plus. Du coup c’est souvent à moi de faire la police. Exemple: l’autre jour dans la rue, en remontée d’un passage piéton (en plus), Manille et moi avons été complètement gênées par une dame accompagnée de 2 ou 3 enfants. La chienne a un peu buggé l’air d’évaluer la situation et c’est alors que j’ai vu l’un des enfants approcher sa main pour la caresser. J’ai dit: « Non il ne faut pas la toucher elle travaille, merci », mais très franchement c’était à la dame de rapatrier son gosse (ou celui de la voisine, j’en sais rien). On dirait que y a un plus grand laxisme quand il s’agit d’enfants alors que les enfants sont très loin d’être bêtes et peuvent comprendre que le chien est occupé et qu’il vaut mieux demander la permission à l’être humain qui se trouve derrière lui (en tout cas cet enfant avait l’air d’avoir autour de 8 ans donc il était en âge de comprendre, et au pire un « Non Kévin laisse le chien » ça marche aussi). Du coup j’ai un peu tendance à surveiller quand je repère un enfant à proximité.

L’autre jour alors que nous sommes en famille à la terrasse d’une pizzéria j’en repère un à quelques mètres face à moi, en tout cas on dirait qu’il se dandine d’une jambe à l’autre comme s’il hésitait à s’approcher. J’envoie un message à ma soeur qui me fait face à table.

Moi: J’ai l’impression que y a un gnome au loin qui regarde Manille mais pas sûre

Ma soeur: En face de toi ?

Moi: Oui j’ai l’impression que y a un truc pas très grand qui bouge

Ma soeur: Bahahahahhaah Je pense que c’est le serveur hahahahha

Après observations il m’a en effet semblé que le serveur portait un haut sombre et que c’était le long tablier blanc qu’il avait à la taille que je voyais bouger. Ridicule, Bibi.

C’est pain juste

Comme je l’expliquais dans cet excellent article, quand Père m’achète du pain il prend l’un des croûtons qu’il appelle « sa commission ».

L’autre jour Père m’a accompagnée au marché puis à la boulangerie. En échange de ce service je lui ai donné un bout de pain en sortant de la boulangerie. On s’est remis en marche et Manille lui a lancé de drôles de regards l’air de dire: « Et moi, elle est où ma commission??! J’ai été sage en plus, j’ai même pas réclamé ma chouquette! ».

« Tu m’fais trop pitié, tu m’saoules, vas-y parle à ma main »

L’autre matin, en sortant Manille, je tombe sur une voiture garée à l’angle d’une rue, entre deux passages piétons. La voiture empiète sur celui que j’emprunte, coffre ouvert en plus, et ma chienne guide est gênée pour remonter sur le trottoir. Quelques mètres plus loin dans la même rue, je remarque qu’il y a tout plein de places pour se garer. Manille fait pipi, on fait demi-tour pour rentrer à la maison et j’en profite pour apostropher deux hommes qui se tiennent à côté de la voiture:

– C’est votre voiture? je demande.

– Oui c’est ça! me répond l’un d’eux.

– C’est pas une place, ça, dis-je en désignant la voiture. Des places, il y en a là-bas. À un moment, c’est une question de respect.

– Chwawawa!

– Je suis sourde, j’entends pas.

Cette phrase fut aussi satisfaisante qu’un « ok boomer ».

Mais l’an chon quoi

L‘autre jour pendant la rééducation Manille s’est mise à pleurer. Sans doute qu’elle n’en pouvait plus parce que L’orthophoniste avait répété 15 fois le nom de Joël Machin, célèbre monsieur qui a une marque de trucs dans les supermarchés, mais qu’à chaque fois je comprenais Jean-Luc Mélenchon.

Bien vu l’aveugle

Dans la vie je tâtonne beaucoup et parfois il m’arrive de poser la main sur Stella. C’est comme un réflexe, je ne peux pas m’empêcher de m’écrier: « Oh bah c’est le chat! ». à chaque fois la chatte semble hyper blasée. Si elle pouvait parler elle dirait probablement: « Bah oui c’est le chat, c’est pas le chien Einstein ».

Communication non-verbale

Ma soeur est malheureusement l’une des personnes que je comprends le moins bien avec mes implants cochléaires. Je dois souvent la faire répéter et lui faire écrire dans ma main.

L’autre jour, en pleine discussion avec Père et elle. Je faisait un monologue introspectif sur ma vie..

père, à la fin de ma tirade: Ta soeur est d’accord avec ce que tu dis.

Moi, me mettant à pleurer: Oh je l’entends pas beaucoup ma soeur…

père: Elle n’a pas parlé.

En fait elle venait seulement d’hocher la tête.

« Goodbye my love, goodbye my friend »

Les moustachues ont un espèce de rituel quand je pars avec Manille. Stella s’installe sur le canapé pendant que je mets son collier et son harnais à Manille. Ensuite, tandis que je mets mes chaussures, la chienne va voir la chatte. Stella lui flanque une tape sur le museau et Manille se met à faire la toupie. C’est quasiment ça à chaque fois. Je sais même pas si ça les amuse en vrai.

Manille, labrador noire, est assise par terre à côté de Stella, chatte noire, assise elle sur un canapé gris. Toutes 2 regardent vers l’objectif..
Les bestouilles

Souvenirs d’EHPAD #1 : préquel

J’inaugure avec cet article une nouvelle série d’anecdotes: les souvenirs d’EHPAD. Il y a en effet 4 ans j’ai réalisé un service civique en tant qu’animatrice dans un EHPAD, du 5 octobre 2019 au premier confinement en mars 2020 (ma mission a été prématurément arrêtée). Je garde de cette expérience plein d’anecdotes que j’aimerais vous partager ici. À cette époque je n’étais « que » malvoyante et Manille m’accompagnait tous les jours dans cette résidence en région parisienne. Je n’y suis pas retournée quand les mesures sanitaires l’ont permis car j’ai enchaîné avec ma perte auditive (ce qui rend les choses assez compliquées) et malheureusement je pense qu’avec le temps les résidents m’ont oubliée (ou sont carrément morts). Travailler avec un public vieillissant et dépendant est assez particulier. Je me souviens de Madame Johnson (avec qui je m’entendais très bien) qui avait dit un jour: « Ici on se réveille le matin et on se demande qui est encore en vie ». C’est un peu glauque mais c’est ça. Et, même si j’ai essayé de raconter des petits moments drôles ou tendres que j’ai pu vivre là-bas, psychologiquement être confrontée à des gens parfois très atteints cognitivement c’est pas évident. Voilà pour cette introduction. Il va falloir faire une petite gymnastique mentale et m’imaginer entendante. Et imaginer Manille avec quelques kilos en moins (oups oups).

Bonne lecture!

Scène de jardinage

Quand on joue au jardin, je préviens toujours Manille quand je lui lance son jouet pour la dernière fois. Je dis « La dernière » et elle semble se concentrer doublement. Je lui lance le jouet et quand elle revient je lui dis « donne » en tendant la main afin qu’elle me le rende directement dans la paume. Des fois elle le fait mais des fois cette peau de vache le dépose par terre et je suis obligée de tâtonner pour le récupérer parce qu’elle refuse de le reprendre en gueule. Vraiment sympa de sa part.

L’autre soir elle m’a fait le coup.

– C’est pas bien ce que tu fais! ai-je protesté.

J’ai tâtonné le sol mais je n’ai rien trouvé. Je m suis dit que j’avais peut-être mal vu et qu’elle ne m’avait rien rapporté car le jouet était parti chez les voisins. Je me suis levée et j’ai fait quelques pas sur l’herbe. Manille, qui en fait n’avait absolument pas envoyé son jouet chez les voisins, m’a joyeusement suivie avec celui-ci dans la gueule. Youpi du rab de jeu, devait-elle penser. Je le lui ai repris en pestant:

– Non, non, c’est fini! T’as pas voulu me donner le jouet, t’es pas belle!

Manille s’en est fichue de mes remontrances, bien évidemment.