Rééducation gênante

Rééducation orthophonique (le même jour que la semaine dernière). L’orthophoniste me donne des séries de trois mots appartenant à la même catégorie.

On arrive à la catégorie fromage avec « camembert, gruyère et roquefort ». J’ai tout bien compris, pourtant répéter me demande un gros effort. Pourquoi?

Tout simplement parce qu’en temps normal je ne sais pas prononcer « gruyère » correctement. Ma mère m’a appris à dire « grouyère » quand j’étais petite, sans doute parce que c’était plus mignon, et quand j’ai appris vers mes 18 ans que cette prononciation était fausse il était trop tard. Le mal était fait, le grouyère était devenu un automatisme chez moi. J’ai dû trouver des subterfuges, comme de dire « emmental » à la place de « gruyère » (les puristes du frometon en sueur), mais je n’ai jamais pu corriger ce tic de langage qui m’a valu bien des moqueries.

Apprenez à vos enfants à parler correctement par pitié. Dire « grouyère » à 5 ans c’est peut-être choupi mais à 25 au mieux ça fait pèquenaud, au pire ça fait peur.

Crochet 2 rue

Parfois, il m’arrive « d’oublier » que je suis malvoyante. Il y a quelques temps je me rendais à la pharmacie seule avec ma canne blanche. Je marchais d’un pas fort décidé, balayant de la canne avec la main droite et balançant le bras gauche au rythme de la marche. Il y avait sur mon chemin un banc et, assis dessus, un monsieur penché en avant sur son téléphone. Je l’ai vu. Pas suffisamment bien parce que je lui ai littéralement envoyé mon poing dans la gueule. Il s’est redressé d’un coup en lâchant un petit cri de surprise. Ou de douleur peut-être, en tout cas moi j’avais mal à la main.

Zombie queen de la rééducation

Rééducation orthophonique. L’orthophoniste me donne des séries de trois mots appartenant à la même catégorie.

Arrivée à la catégorie des instruments je confonds le mot « tambour » avec « kazoo ». Pas grave me direz-vous, on est là pour ça. Sauf que moi quand j’entends (crois entendre) le mot « kazoo » je ne peux pas m’empêcher de penser au live de Ghost (mon groupe préféré) avec le chanteur qui interprète Zombie Queen en jouant du kazoo. Je précise que Ghost est un groupe de metal, que Tobias Forge (le chanteur) se déguise en pape sataniste et que les musiciens sont en goules (et sur la vidéo il y en a une qui essaye de ne pas rire en fond). Et que, dans ce live, quand Tobias Forge chantait il reposait solennellement son kazoo sur un piédestal.

Croyez-bien que je mets toute la bonne volonté du monde pour rester concentrée pendant mes séances d’orthophonie.

Plaque dégoûte

Manille déteste poser la patte sur une plaque d’égout. Quand on en croise une, elle la contourne soigneusement. parfois ce n’est pas possible et ça devient un problème: nos besoins à l’une et l’autre rentrent en conflit. C’était le cas de cette rue pour aller au marché. Il y avait une maison avec une haie très mal taillée. J’ai pris une branche dans la figure. Là j’ai fait ce qu’on m’avait appris à l’école des chiens guides et j’ai attrapé la branche, l’ai secouée comme un prunier sous le museau de Manille en répétant: « Attention! ». Puis j’ai fait un petit demi-tour pour que Manille refasse le chemin en évitant la branche. Ça s’appelle le contournement d’obstacle en hauteur. On est reparties mais j’ai à nouveau pris la branche dans la figure et Manille ne s’est absolument pas décalée pour l’éviter. Je l’ai reprise deux fois encore mais à chaque fois c’était pareil. Plus tard, en faisant le chemin inverse, j’ai compris que Manille ne m’avait pas fait contourner la branche pour ne pas avoir à poser les pattes sur une plaque d’égout.

L’autre jour on allait au marché. Habituellement on prenait cette rue pour y accéder cependant Manille a proposé avec conviction de prendre un autre chemin. On a fait un énooorme détour qui a rallongé notre temps de parcours mais au moins on a évité la satanée plaque d’égout et les branchages. C’est la preuve que Manille est très intelligente et qu’elle a un grand sens des priorités.

Martine en PLS

L’autre jour en rééducation orthophonique, « la petite fille est blottie sous la couette » s’est transformé en « Martine est bloquée sous la couette ». Une pensée émue à Martine qui n’a pas réussi à se dégager et qui à ce jour est toujours coincée sous son édredon.

Chat de bibliothèque

En vue de l’article de jeudi je me suis replongée dans un livre en braille papier. Sous ma couette, le bouquin posé contre mes genoux, j’étais à fond dans ma lecture. C’était sans compter sur Stella qui a vu là une place de choix. Elle s’est installée sur mon ventre, un coup pour demander des câlins, un coup pour regarder par la fenêtre (tiens, un pigeon sauvage à tête de moine), m’empêchant ainsi de lire mon livre.

Stella, petite chatte noir, est assise devant un livre en braille ouvert.

(je suis désolée pour mon lectorat qui me suit par mail et qui a reçu cet article mercredi dernier. C’était une bourde de ma part, gloups)

Jeu de mains, jeu de vilains

Stella et moi on a un petit jeu. Quand elle est sur le rebord de sa fenêtre je me mets de l’autre côté de la vitre en haussant les sourcils. Elle penche la tête et sa petite patte s’abat sur le carreau, comme si elle cherchait à m’atteindre.

Mais cette chatte est loin d’être bête. Elle a compris le truc.

Maintenant quand je fais l’andouille derrière la vitre elle passe sa patte en-dessous, dans l’espoir sans doute d’arriver à me toucher. La saleté.

Stella, petite chatte noire, est couchée sur le rebord d’une fenêtre, prêt de la vitre ouverte vers l’intérieur. Elle penche la tête et sa patte avant pend dans le vide.

« Hin hin hin. »

Et vive le vent

L’autre jour au parc avec Père et Manille qui porte son gilet orange fluo « chien guide en détente ». Manille démoule un énorme cake dans l’herbe et Père s’empresse de le ramasser. Il se relève pour me dire quelque chose sans avoir noué le sac à crotte.

– Chwawawa! dit Père.

– Hein? réponds-je.

– Chwawawa.

– Quoi?

– Cwawawa!

– Qu… Argh non ça pue trop, j’arrive pas à me concentrer! dis-je avant de partir dans un grand éclat de rires.

C’est à ce moment précis qu’un autre promeneur s’approche de nous pour nous demander si Manille guide bien.

Rééducation déprimante

L’autre jour en rééducation, l’orthophoniste me donne trois mots et je dois deviner l’évènement historique en lien derrière. J’ai eu droit à « avion/Ney York/tou!s jumelles » et « 14 juillet/Bastille/guillotine ». Plus gai tu meurs.

Courrier du coeur

Apparement Manille et moi avons un nouveau rituel du soir. C’est en tout cas ce qu’elle a l’air de croire. Après avoir fait les besoin du soir je l’emmène jouer dans le jardin à la balle, balle que je « range » dans la boîte-aux-lettres située dans la cour.

L’autre soir, j’avoue un peu grognon et pressée de rentrer, en revenant du tour des besoins du soir je suis directement allée ouvrir la porte d’entrée de mon immeuble. Manille est restée figée dans la courtel un chien de faïence.

– Allez viens Manille! j’ai appelé.

Elle n’a pas bougé.

– Manille? Tu viens?

Toujours pas.

Elle m’a simplement jeté un regard de merlan frit l’air de dire: – Heu… T’aurais pas oublié de faire quelque chose? Genre ouvrir la boîte-aux-lettres? ».

(bon bah grognon ou pas je l’ai quand même emmenée jouer à la balle dans le jardin, qu’est-ce que vous croyez)