Mon orthophoniste me demande le nom de mon antidépresseur car mon équipe le soupçonne d’avoir un mauvais impact sur ma compréhension. Comme j’ai toujours mon ordonnance dans mon sac à dos je lui ai tendue. Pour vous faciliter la lecture (et me simplifier la vie aussi) je vous ai déjà parlé de mes antidépresseurs en utilisant le mot « Seroplex », son petit nom dans le milieu de la dépression. Il est en réalité commercialisé sous le nom d’Escitalopram. Mon orthophoniste parcourt mon ordonnance pour recopier le nom du médicament et me lance:
– Il a un nom à coucher dehors!
C’est plus ou moins ce que j’ai pensé la première fois que j’ai lu le mot « escitalopram » sur ma boîte de médicament. Je me suis dit qu’avec un nom pareil c’était un coup à vous faire partir en dépression, et si c’était déjà le cas à vous faire vous jeter dans la Marne.
Mon chirurgien est passé me faire un petit coucou durant l’une de mes séances d’orthophonie (à peu de choses près c’est vrai). Il a ensuite quitté le bureau en laissant la porte ouverte derrière lui. Manille, à qui je laisse son harnais de chien guide mais lui retire la laisse, en a profité pour se faire la malle. Elle l’a joyeusement suivi dans le couloir malgré les « Reviens Manille! Reviens! » désespérés de mon orthophoniste et moi. Mon ORL a dû faire demi-tour vers nous pour que la chienne daigne rappliquer sa truffe.
Stella est le genre de chat pas vraiment friand de contact physique. En journée je cherche jamais à la caresser. Éventuellement je viens lui parler ou bien je présente ma main quand elle se frotte à mes jambes (main que parfois elle renifle avant de partir en courant, pouah tu viens de toucher un abricot quelle horreur).
Les seuls moment où elle réclame des « câlins » c’est quand je sui dans mon lit, à lire sur ma plage braille ou à dormir. À être occupée quoi. Elle est si peu tactile que je me sens obliger d’honorer sa demande de grattes sur la tête. Ces « câlins » sont des moments précieux. Même si elle me dérange. Et elle me dérange souvent. Et puis ça dure longtemps aussi. Elle se frotte, me met ses vibrisses dans le nez et se met devant ma plage braille l’air de dire: « T’as besoin de tes mains pour lire? Bah t’en as aussi besoin pour me gratter. Et ta plage braille j’m’asseois d’ssus, miaou ». J’ai remarqué que, dans ce contexte précis, elle a l’air de ne pas aimer que je me mouche. Du coup des fois pour écourter un câlin je dégaine mon mouchoir et me mouche bruyamment. Ça fait s’enfuir Stella. Avant, elle partait pour de bon. Maintenant on dirait qu’elle a compris la manoeuvre. Elle revient à la charge. Je suis condamnée à lui gratter la tête pendant 10 minutes alors que j’étais en train de lire un article extrêmement passionnant sur la composition des cailloux. Aidez-moi.
Un des divers tests auditifs consiste à vous faire écouter puis répéter des mots. Une voix de robot énonce: « Le caillou. Le cochon. Le canard. Le radis. La noisette. », et vous devez répéter chaque mot que vous avez compris. Il me semble que ça s’appelle l’intelligibilité (moi quand je lis dans mes rapports médicaux que mon intelligibilité est mauvaise j’ai l’impression de lire: « Non mais cette patiente est complètement con, on peut rien pour elle désolé »). J’ai eu l’occasion de faire ce test quand mon audition était encore à peu près normal. « Finger in ze nose », comme disait ma prof d’italien au lycée. Avec l’implant cochléaire par contre c’est pas la même limonade.
L’autre jour on m’a fait passer cette fameuse évaluation. Déjà, quand mon régleur m’a annoncé que j’allait faire le test des mots j’ai pas pu m’empêcher de froncer le nez. Je suis allée dans la salle d’examen puis le technicien a commencé à me faire écouter des mots. Et là, parmi le mot « cochon » que j’ai entendu 15 fois donc ça devait pas être ça, j’ai entendu « Le Goui-goui ». Goui-goui étant un des (trop) nombreux surnoms ridicules de Manille. Je ne peux même pas vous dire ce que c’était réellement car c’est pas comme les séances d’orthophonie, les mots s’enchaînent et le but c’est juste de mesurer ce que vous comprenez. Je l’ai bouclée du coup, de toute évidence il n’était pas question de Goui-gou’ et en plus j’avais trop honte de répéter ce que j’avais compris.
J’expliquais dans cette vieille anecdote que l’implant cochléaire stimule mon nerf facial (des deux côtés). Au quotidien j’ai quelques spasmes mais rien d’embêtant. En fait, mon régleur fait en sorte de limiter ces stimulations. Il m’avait expliqué qu’il fallait répartir le courant, un peu comme un tapis de clous: quand le poids du corps est correctement réparti on ne s’embroche pas (c’est pas exactement ce qu’il avait dit mais globalement c’est l’idée). Pendant le réglage par contre il doit activer chaque électrode une à une (j’en ai 12 à droite et 8 ou 9 à gauche). Ça me provoque de forts spasmes au visage. C’est pas douloureux mais c’est très désagréable. Les muscles se contractent tous seuls: cela va du petit tressautement répétitif de la paupière à une espèce d’éclair qui vous traverse la gueule du sourcil au menton. Je le répète, c’est pas douloureux mais c’est franchement désagréable. J’essaye de rester stoïque en me mordant la langue, en serrant mes doigts et en arrêtant de respirer tout en marmonnant: « Ouais, ça va. Ça va ».
L’autre jour j’ai repensé à une pub qui passait à la télé quand je n’étais ni sourde ni malvoyante. C’était la pub pour le parfum Kenzo world. On voyait une fille à une soirée mondaine. Elle portait une très jolie robe verte. À un moment elle partait s’isoler dans le couloir et commençait à faire des grimaces de façon incontrôlée. Elle se mettait ensuite à danser, à courir dans les escaliers, à lécher une statue et à faire n’importe quoi. Une fois dehors, elle était comme transportée à travers un oeil géant (composé de fleur?). Elle atterrissait ensuite au sol, se relevait puis se frappait la poitrine avant de jeter un regard mi-satisfait mi-exténué à la caméra, un peu décoiffée. La musique de fond était très dynamique et rythmée. Cette pub de parfum était très originale et ne plaisait pas à tout le monde. Moi je la trouvais absolument géniale et j’adorais la chanson.
Bon, eh bah du coup quand j’essaye de gérer mes spasmes faciaux lors des réglages je pense qu’intérieurement je ressemble à cette fille (extérieurement aussi, sans doute).
J’ai nommé cet article comme le titre de la chanson de la pub. Avouez qu’il est drôlement évocateur pour une histoire d’implant cochléaire.
L’autre jour en allant chercher un colis, j’étais tant émue que mes mains se sont mises à trembler devant le gars du point relais en mode « OH MON DIEU J’AI UNE INTERACTION SOCIALE!!! ». Il est temps de sortir de ma grotte et de voir un peu de monde je crois.
(la vérité c’est que je venais de rouspéter après un monsieur dans la rue parce qu’il tenait mal son chien et que ça avait déconcentré Manille dans son guidage)
Quand on vous pose un implant cochléaire, on vous rase une toute petite zone de cheveux derrière l’oreille au moment de l’opération. Pour ma première intervention je pensais que je me réveillerais avec la coupe de Skrillex. À mon réveil, j’ai presque été déçue en constatant que j’avais juste un pauvre rectangle de cheveux ras sur le côté de la tête. Forcément, je savais à quoi m’attendre pour ma deuxième implantation en janvier dernier.
Depuis ça repousse. Maintenant quand je me fais une natte j’ai 6 cm capillaires impossibles à coiffer qui se battent en duel derrière mon oreille gauche. Clairement j’avais pas signé pour ça moi.