C’est pain juste

Comme je l’expliquais dans cet excellent article, quand Père m’achète du pain il prend l’un des croûtons qu’il appelle « sa commission ».

L’autre jour Père m’a accompagnée au marché puis à la boulangerie. En échange de ce service je lui ai donné un bout de pain en sortant de la boulangerie. On s’est remis en marche et Manille lui a lancé de drôles de regards l’air de dire: « Et moi, elle est où ma commission??! J’ai été sage en plus, j’ai même pas réclamé ma chouquette! ».

Souvenirs d’EHPAD #4 : l’unité protégée

L’unité protégée était au premier étage de la résidence. Comme à chaque étage, il y avait les chambres des résidents et une grande salle commune qui faisait office de salon. Dans cette salle commune il y avait une petite cuisine, deux grandes tables, une télé et un canapé. La particularité de cet étage était qu’on ne pouvait avoir accès aux ascenseur et aux escaliers que par un code. Les personnes qui étaient à cet étage étaient en effet les plus atteintes de troubles cognitifs et pour leur sécurité ne descendaient jamais au rez-de-chaussée avec les autres résidents. Éventuellement de temps à autres certains venaient assister à des activités spéciales ou des spectacles dans la salle à manger mais c’était rare.

Un après-midi mon collègue de service civique et moi avons été en unité protégée pour faire une activité gâteau avec la psychologue. Celle-ci avait réuni les ingrédients nécessaires sur l’une des tables et avait imprimé en grosses lettres la recette du gâteau au chocolat. Chaque résident avait sa feuille de recette devant lui et on leur avait donné à chacun un petit tablier en plastique qui s’enfilait par la tête. J’avais été chargée d’aider Madame Carreau à mettre le sien et ça l’avait vachement enthousiasmée parce qu’elle avait soufflé: « Mais fiche-moi la paiiix ». Voilà comment s’était déroulé la suite de notre préparation culinaire:

La psychologue: Alors Madame Soulier, quelle est la première étape de notre recette?

Madame Soulier, lisant sa feuille: Casser le chocolat en morceaux.

La psychologue: Monsieur Purée, ne mangez pas le papier aluminium du chocolat!

(le chocolat fut cassé en morceaux)

La psychologue: Et maintenant Madame soulier, que fait-on?

Madame Soulier, lisant sa feuille: Casser le chocolat en morceaux.

La psychologue: C’est fait! Monsieur Purée, ne mangez pas le sucre s’il vous plaît! Et maintenant Madame Soulier, que fait-on?

Madame Soulier, lisant sa feuille: Casser le chocolat en morceaux.

La psychologue: Monsieur Flotte, ne mangez pas le beurre!

Monsieur Flotte, la bouche pleine: Merde!

La psychologue: Madame Soulier, que fait-on après avoir cassé les morceaux de chocolat?

Madame Soulier, lisant sa feuille: Faire fondre le beurre.

(le beurre fut fait fondu, se dit-se t’il faire fondu?)

La psychologue, approchant le bol de beurre fondu à Madame Carreau: Vous voulez touiller, Madame Carreau?

Madame Carreau: Laisse-moi tranquiiille.

La psychologue: Et maintenant Madame Soulier, que fait-on?

Madame Soulier, lisant sa feuille: Casser le chocolat en morceaux.

Lalalalalalala

Que serait votre vie sans musique ?

J’aime bien la tournure de la question comme si c’était quelque chose d’absolument abstrait qui ne pouvait pas arriver. Pour ma part, la musique avec les implants cochléaires c’est un peu conceptuel. Ça « sonne bizarre ». Et j’entends pas toujours tout. Cependant comme j’étais très branchée musique avant mon cerveau a fait comme un « pré-travail d’enregistrement » et je me contente donc de ce que je perçois aujourd’hui. Quand j’étais sourde pas encore implantée j’aimais bien sentir les vibrations de l’enceinte qui était dans mon salon. C’est une autre façon de ressentir la musique.

Vous qui me lisez vous aurez peut-être compris que la musique avait (avait, a, est-ce que je dois parler au présent ou au passé) une place particulière dans ma vie. Il y a sur ce blog une étiquette musique et ça arrive que dans certains articles je glisse des morceaux que j’ai connu. Parfois je donne même des titres ou des paroles de chansons à mes titres d’articles (quand ceux-ci sont écrits entre guillemets).

Aujourd’hui il m’arrive souvent de penser à des chansons. Parfois je prends le temps de les écouter avec mes implants même si ça ne ressemble plus trop à ce que j’écoutais avant. Le plus extraordinaire dans cette histoire ce sont mes rêves. Il m’arrive parfois dans mes rêves d’entendre un extrait de chanson tel que je l’ai connu. C’est assez drôle.

J’ai souvent le sentiment d’être un vieux juke-box pété parce que je suis en boucle sur des chansons qui datent d’avant ma surdité. Mes références musicales ne sont pas très récentes. J’avoue avoir un peu la flemme de prendre le temps d’écouter les nouveaux morceaux des artistes que j’aimais bien, même si j’ai envie de m’y mettre par moments. C’est un peu comme quand on meurt et que des films, des musiques, des choses continuent d’être créées mais on ne peut plus s’actualiser, car on n’est plus en vie (CQFD).

Malgré tout j’ai quand même gardé un certain lien avec la musique. J’aimerais d’ailleurs un jour assister à un concert de Ghost (mon groupe préféré) ou bien aller à un festival de musique, avec ou sans implant.

Cet article est terminé et je ne suis pas sûre d’avoir répondu à la question initiale.

« Tu m’fais trop pitié, tu m’saoules, vas-y parle à ma main »

L’autre matin en sortant Manille je tombe sur une voiture garée à l’angle d’une rue entre deux passages piétons. La voiture empiète sur celui que j’emprunte, coffre ouvert en plus, et ma chienne guide est gênée pour remonter sur le trottoir. Quelques mètres plus loin dans la même rue je remarque qu’il y a tout plein de places pour se garer. Manille fait pipi, on fait demi-tour pour rentrer à la maison et j’en profite pour apostropher deux hommes qui se tiennent à côté de la voiture:

– C’est votre voiture? je demande.

– Oui c’est ça! me répond l’un d’eux.

– C’est pas une place ça, dis-je en désignant la voiture. Des places il y en a là-bas. À un moment c’est une question de respect.

– Chwawawa!

– Je suis sourde, j’entends pas.

Cette phrase fut aussi satisfaisante qu’un « ok boomer ».

Mais l’an chon quoi

L‘autre jour pendant la rééducation Manille s’est mise à pleurer. Sans doute qu’elle n’en pouvait plus parce que L’orthophoniste avait répété 15 fois le nom de Joël Machin, célèbre monsieur qui a une marque de trucs dans les supermarchés, mais qu’à chaque fois je comprenais Jean-Luc Mélenchon.

Bien vu l’aveugle

Dans la vie je tâtonne beaucoup et parfois il m’arrive de poser la main sur Stella. C’est comme un réflexe, je ne peux pas m’empêcher de m’écrier: « Oh bah c’est le chat! ». à chaque fois la chatte semble hyper blasée. Si elle pouvait parler elle dirait probablement: « Bah oui c’est le chat, c’est pas le chien Einstein ».

Communication non-verbale

Ma soeur est malheureusement l’une des personnes que je comprends le moins bien avec mes implants cochléaires. Je dois souvent la faire répéter et lui faire écrire dans ma main.

L’autre jour, en pleine discussion avec Père et elle. Je faisait un monologue introspectif sur ma vie..

père, à la fin de ma tirade: Ta soeur est d’accord avec ce que tu dis.

Moi, me mettant à pleurer: Oh je l’entends pas beaucoup ma soeur…

père: Elle n’a pas parlé.

En fait elle venait seulement d’hocher la tête.