Manille va me rendre chèvre. Elle a été rasée sur tout le ventre et sur une bonne partie du dos pour son opération. Les poils n’ont pas encore tout à fait repoussés donc je lui mets un petit manteau pour ne pas qu’elle ait froid. Elle le déteste. Elle le déteste tellement qu’elle en devient de mauvaise foi. Je dois lui soulever les pattes arrières une par une pour les faire passer dans un élastique afin de fixer le manteau. Quand je fais ça elle fait mine de trébucher, l’air de dire: « Ohlala, je n’ai plus que trois pattes par terre je perds tellement l’équilibre! ».
L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde| Robert Louis Stevenson | Bibebook (2013)
Fiche BooBuddy de L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de Robert Luis Stevenson.
Mon avis
Je crois que ça n’existe plus mais j’ai passé un bac littéraire et dans cette série on avait une matière qui s’appelait Littérature Étrangère en Langue Étrangère (LELE). On travaillait sur des extraits de textes en anglais, des classiques de la littérature anglaise. En 1ère, ou en terminale je ne sais plus, je me souviens qu’on avait vaguement étudié Strange case of Dr Jekyll and Mr Hyde. Je ne me souviens plus dudit extrait mais je revois clairement le titre sur ma feuille, écrit en Times New Roman. Ma prof nous avait fait regarder l’extrait d’un vieux film en noir et blanc où le Dr Jekyll (jeune et BG) ingurgitait sa potion de transformation et se mettait à se tirer les cheveux en grimaçant. Ensuite il était tout moche. Et j’avais trouvé une photo « à l’ancienne », le portrait d’un homme de la tête aux pieds et il semblait se dédoubler au niveau de la taille en un second buste penché en avant et semblant hurler. Ma prof avait bien aimé ma trouvaille je crois.
L’autre jour j’ai eu envie de me plonger dans ce mythe mais en français (ma prof de LELE en sueur). Cette lecture m’a énormément plue. J’ai trouvé qu’il y avait un vrai questionnement sur les notions de bien et de mal et sur le poids des apparences. En fait j’ai presque un peu de peine pour Jekyll qui en est venu à créer sa mixture maudite parce que justement il ne se sentait pas tout à fait bien ni tout à fait lui-même à jouer le jeu du bon médecin bienveillant honnête et réputé, etc etc. Bon, évidemment c’est mieux si on ne cède pas à ses pires côtés (cf: brûler les haies mal taillées). Mais finalement Jekyll (et Hyde pourquoi pas) est profondément humain et touchant. Enfin peut-être pas Hyde en fait. Bon je sais pas.
Le français était par moments très soutenu et c’est à la lecture du dernier chapitre que j’ai pu reconsidérer certains éléments que j’avais mal compris dans les chapitres précédents. Le style du Dr Jekyll (oui je spoile un peu, c’est lui qui s’exprime dans le chapitre 10) est sans doute le plus simple et le plus accessible à la compréhension. De plus, j’ai noté quelques incohérences de traduction assez gênantes pour la bonne compréhension de l’histoire. Une fois la lecture du dernier chapitre achevée je suis retournée lire certains passages qui m’avaient semblé un peu obscurs ou que je n’avais pas du tout compris sans m’en rendre compte. Ainsi, si vous voulez découvrir L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde je vous conseille de ne pas choisir l’édition que j’ai prise. Je suis désolée mais il y a un certain bâclage dans la traduction qui n’aide vraiment pas quand on fait déjà un effort pour suivre le style D’écriture. Petit aparté: j’ai trouvé la lecture de Zothique et Averoigne de Clark Ashton Smith (des éditions Mnémos) hyper facile. Le style était fluide, clair et limpide. Bon eh bien c’est justement car il y a eu un gros travail de retraduction de fait sur ces textes. Du coup, je vous conseille de vraiment faire attention à l’édition que vous choisissez.
Bon alors je viens de relire le résumé du roman par cette édition pour mon article et dedans Utterson s’appelle Charles alors que son vrai prénom est Gabriel John (nom qu’il porte plus loin dans ce même livre, faudrait se décider à un moment les gars). Bref ne prenez pas l’édition Bbebook, c’est objectivement de la grosse merdasse.
Ah oui, autre chose qui m’a plue avec cette lecture et qui me donnerais envie d’approfondir celle-ci en lisant des analyses de l’oeuvre: je ne sais pas si c’est moi qui interprète de travers mais il m’a semblé que l’auteur était pas mal ironique voire cynique parfois. Je serais curieuse de savoir qu’elle était sa pensée sur la société de son époque, la religion, le bien et le mal.
Je crois qu’on est beaucoup à connaitre l’histoire de Jekyll et Hyde sans la connaître véritablement. Le mythe est un poil malmené je trouve (une pensée toute particulière à Once Upon A Time qui n’a absolument pas respecté les personnages originaux et encore moins l’histoire originale, même si à cette saison la série était déjà devenue complètement what the fuckesque). Bref, lisez L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde. C’est un récit très intéressant à bien des aspects.
Quatrième de couverture
Conte l’histoire d’un avoué, Charles Utterson, qui enquête sur le lien étrange entre Edward Hyde et le médecin Henry Jekyll. Le Docteur Jekyll, un philanthrope obsédé par sa double personnalité, met au point une drogue pour séparer son bon côté de son mauvais, mais c’est ce côté-là qui, nuit après nuit, finalement prendra le dessus et le transformera en monstrueux Mister Hyde.
Révélation explosive
L’autre jour alors que je suis en train de lire un conte de Noël (pour les chroniques littéraire de ce blog, en plus)…
Le livre: Ils étaient quatre; tous quatre originaires du faubourg Antoine, ce volcan aujourd’hui éteint qui, jadis, à intervalles presque réguliers, vomissait sur Paris…
Moi: Quoi! Il y a eu un volcan à Paris! Et je l’ignorais depuis tout ce temps!
Le livre: …des torrents de lave révolutionnaire.
Moi, déçue: Ah.
Pour vos prochaines vacances n’hésitez plus: l’Auvergne ^’est surfait, venez plutôt découvrir les volcans d’île-de-France et venez faire de la spéléologie dans le faubourg Antoine. Souvenirs inoubliables garantis!
Bonj… bon j’me casse en fait.
L’autre matin, alors que je viens de me réveiller et que je peine à émerger, Stella arrive et vient se poser sur mon ventre.
Moi, avec une grosse voix d’outre-tombe: Miaou.
Stella, fuyant à toute hâte: Aaaaah!
Souvenirs D’EHPAD #15 : l’heure du goûter en unité protégée
Petit flashback ici.
Le gâteau au chocolat cuisait mais l’heure du goûter approchait dangereusement. L’une des résidente de l’unité protégée se mit à crier famine.
Résidente 1: J’ai faim!
Résidente 2: Ta gueule!
Résidente 1, 30 secondes plus tard: J’ai faim!
Résidente 2: Ta gueule!
Résidente 1, 30 secondes plus tard: J’ai faim!
Résidente 2: J’ai faim, j’ai soif, j’suis une conne!
Moi j’ai plongé dans le cou de Manille pour cacher mon rire.
Preuves du délit
Manille est enfin rentrée de son hospitalisation.
Manille, choquée et déçue: Quoi!! Tu as profité de mon absence pour te faire un brownie! Alors que j’étais à l’hôpital pour chiens entre la vie et la mort, car c’est bien pour ça que lorsque je suis entrée on t’a demandé ce qu’il fallait faire de mon corps en cas de décès! Ne me mens pas Bibi, il y a de la farine et des traces de chocolat fondu par terre!!
Stella: Oui à ce propos, j’ai rien dit pour pas te faire de la peine mais tu as du chocolat séché sur ton haut de pyjamas et c’est franchement ridicule.
Dialogue de l’espace avec Père #13 : Le retour du crop top
Manille est toute déplumée à la suite de son opération car elle a été rasée sur les pattes avant, un peu sur la patte arrière droite, un peu sur le cou, sur une bonne partie du dos et sur tout le ventre. Il va peut-être falloir la couvrir afin qu’elle n’ait pas froid. Père et moi préparant son retour par message:
Moi: Je prendrais le petit Manteau et le t-shirt de Manille. Je t’assure que le t-shirt est bien, on fera un essai au pire pour voir.
Père: Peut-être un t-shirt un peu plus joli ! Je vais regarder ce que j’ai, le blanc est pas terrible, je trouve que ça ne lui va pas trop.
Moi: Moi je trouve que ça fait ressortir son poil.
Souvenirs d’EHPAD #14 : Madame Fusée
Madame Fusée était un peu spéciale. Elle était assez atteinte cognitivement et avait pas mal d’idées obsédantes. L’une d’entre elle concernait les toilettes. Elle n’arrêtait pas de réclamer les toilettes aux aides-soignantes en disant qu’elle avait envie de faire pipi alors qu’il n’en était rien. En tout cas elle ne faisait rien et ses tests médicaux n’avaient montré aucun problème urinaire. C’était comme ça, ça faisait partie de son vieillissement. Il fallait être très patient avec elle.
Un jour, alors qu’on allait lancer une activité avec mon collègue de service civique, elle a commencé avec son idée de pipi. Il me semble qu’elle a essayé d’aller aux cuisines en pensant que c’était les toilettes et quand mon collègue a essayé de la ramener sur la place du village elle a mis les freins de son fauteuil roulant. Une mule. Je suis intervenue, reine de la patience que j’étais, et lui ai proposé de l’emmener dans les toilettes juste à côté. J’ai poussé le fauteuil sur 2 mètres mais avec mon scotome central c’était pas de la tarte. Les toilettes du rez-de-chaussée s’ouvraient avec une porte coulissante, elles étaient assez larges pour y rentrer avec un fauteuil roulant et la lumière s’allumait automatiquement grâce à un détecteur de mouvement. J’ai poussé Madame Fusée dans les toilettes puis je suis sortie en fermant la porte derrière moi. Elle était en capacité de se lever de son fauteuil et de se débrouiller pour son affaire.
On a lancé l’activité dans la salle juste derrière les toilettes. Au bout d’une heure, quand l’activité s’est terminée, les résidents sont sortis. Mon collègue et moi étions en train de ranger quand l’une des résidentes est revenue pour nous dire que « ‘y a une dame qu’est dans les toilettes dans le noir ». En fait Madame Fusée était restée devant la cuvette sans bouger de son fauteuil et la lumière avait fini par s’éteindre.
Vous vous direz sans doute: « Bibi t’es horrible, t’as enfermée une pauvre vieille dame sans défense dans les waters », mais curieusement le simple fait d’être dans cette pièce l’avait calmée.
Yure vet
Pendant toute l’absence de Manille il m’est arrivé de faire tomber à manger par terre ou de me retrouver avec du fromage plein les doigts et de me dire: « Pas grave, ce sera pour Manille! Ah bah non en fait… ».
En bokmal (un des dialectes norvégien mais je sais pas comment faire le rond sur le « a » en braille) le mot pour « agent d’entretien » pourrait se traduire par « faiseur de propre ». C’est joli. Manille est une faiseuse de propre un peu.
J’ai appris le bok… le norvégien il y a 4 ans mais en phonétique/à l’oral seulement. Je suis donc complètement illettrée dans cette langue. Ainsi, le titre est ce mot tel que je me le suis représenté dans ma tête mais il ne s’orthographe absolument pas comme ça en réalité.
Le premier jour du reste de ta vie (titre plagié)
Le 4 décembre est une date ancrée dans ma tête. D’une part car c’est la date d’anniversaire d’une ancienne copine de collège. D’une autre part car c’est le 4 décembre 2020 que j’ai appris que j’avais une neuropathie auditive et que j’étais en train de devenir sourde pour de bon.
C’était un vendredi. Le mercredi 2 décembre j’avais un rendez-vous pour passer une IRM de la tête. Je me souviens avoir chouiné quand mon père m’avait annoncé que j’allais recevoir une injection pour cet examen. Il avait tenté de me rassurer en me disant que ça faisait pas plus mal qu’on petit piercing. Ça m’avait fait sourire car j’avais fait deux malaises vagales pour mon piercing au septum. L’IRM n’avait révélée aucune lésion, aucune tumeur donc l’espace d’un instant on était soulagés. On se disait que ça irait.
Le 4 décembre j’avais rendez-vous à Bicêtre pour passer une analyse fonctionnelle. On m’avait fait allonger sur un fauteuil, collé des électrodes sur la tête et balancé du bruit dans un casque pour observer mes potentiels évoqués (je ne sais pas si on peut dire que j’avais encore un quelconque potentiel auditif à ce moment-là). Cet examen n’était pas particulièrement douloureux mais ce qui le rendit atroce (et c’est le drame de ma vie, cf mes réveils post-opératoires que je vous conterais bientôt) c’est que j’eus tout le long une furieuse envie de faire pipi.
J’avais eu l’excellente idée de boire mon thé de Noël avant de venir mais faut croire que 2h entre le thé et l’examen c’était pas suffisant pour ma vessie. La colle pour faire tenir les électrodes était périmée et l’interne qui s’occupait de me préparer pour l’examen avait dû s’y reprendre à plusieurs fois. Il avait dû mettre une bonne dizaine de minutes pour faire tenir tout son bazar. J’avais doucement commencé à sentir la douille urinaire venir mais comme la pose des électrodes avait été ardue je n’avais rien dit. L’examen avait commencé, l’interne avait éteint la lumière et le casque sur mes oreilles diffusait ce qui me semblait être un bruit de marteau-piqueur. Plus ça allait et plus j’avais envie de faire pipi. Et plus l’examen n’en finissait pas.
À un moment l’interne a quitté mon champ de vision (réduit de base et encore plus réduit par le port du masque). J’ai pensé que j’allais faire un malaise toute seule dans cette pièce plongée dans le noir et qu’on allait me retrouver par terre convulsant dans une marre de pisse (l’idée est ridicule mais j’étais focalisée sur ma vessie, pas sur ma rationalité). J’ai commencé à paniquer et à hyperventiler. L’interne est réapparu (en fait il avait quitté mon champ de vision mais pas la pièce), il m’a tapoté le bras pour me rassurer et Père est venu me tenir la main.
C’était très long. J’en pouvais plus. À un moment j’ai écrit un truc dans la main de Père pour lui demander combien de temps il restait mais il a pas compris. J’ai dû recommencer plusieurs fois. Il a fini par m’écrire « 3 » et j’ai pensé que 3 minutes ça allait, que j’avais fait le plus dur. Ensuite il a rajouté un 0 après le 3 et j’ai pensé: « Putain je vais crever ». Heureusement pour moi il s’agissait d’un quiproquo et en réalité l’examen s’est rapidement terminé.
Après ma pause pipi j’avais eu le fameux examen qui consiste à écouter des sons pour dire quand on les entend ainsi que les mots qu’il faut répéter. À l’issue de tout ça Père avait eu quelques explications et il m’avait dit à l’accueil que j’avais un problème de nerf. Je me revois m’arracher les cheveux en pleurant dans le couloir, me demandant qu’est-ce que c’était que ça encore. Sur le chemin du retour je m’étais calmée et j’avais décidé d’apprendre le braille parce qu’a priori mon souci d’audition n’allait pas s’arranger.
Voilà donc ce que m’évoque le 4 décembre. Joyeux anniversaire, surdicécité.