Allez salut les nazes

Mon chirurgien est passé me faire un petit coucou durant l’une de mes séances d’orthophonie (à peu de choses près c’est vrai). Il a ensuite quitté le bureau en laissant la porte ouverte derrière lui. Manille, à qui je laisse son harnais de chien guide mais lui retire la laisse, en a profité pour se faire la malle. Elle l’a joyeusement suivi dans le couloir malgré les « Reviens Manille! Reviens! » désespérés de mon orthophoniste et moi. Mon ORL a dû faire demi-tour vers nous pour que la chienne daigne rappliquer sa truffe.

La prétendue loyauté des labradors, hein.

Le toutou.

Un des divers tests auditifs consiste à vous faire écouter puis répéter des mots. Une voix de robot énonce: « Le caillou. Le cochon. Le canard. Le radis. La noisette. », et vous devez répéter chaque mot que vous avez compris. Il me semble que ça s’appelle l’intelligibilité (moi quand je lis dans mes rapports médicaux que mon intelligibilité est mauvaise j’ai l’impression de lire: « Non mais cette patiente est complètement con, on peut rien pour elle désolé »). J’ai eu l’occasion de faire ce test quand mon audition était encore à peu près normal. « Finger in ze nose », comme disait ma prof d’italien au lycée. Avec l’implant cochléaire par contre c’est pas la même limonade.

L’autre jour on m’a fait passer cette fameuse évaluation. Déjà, quand mon régleur m’a annoncé que j’allait faire le test des mots j’ai pas pu m’empêcher de froncer le nez. Je suis allée dans la salle d’examen puis le technicien a commencé à me faire écouter des mots. Et là, parmi le mot « cochon » que j’ai entendu 15 fois donc ça devait pas être ça, j’ai entendu « Le Goui-goui ». Goui-goui étant un des (trop) nombreux surnoms ridicules de Manille. Je ne peux même pas vous dire ce que c’était réellement car c’est pas comme les séances d’orthophonie, les mots s’enchaînent et le but c’est juste de mesurer ce que vous comprenez. Je l’ai bouclée du coup, de toute évidence il n’était pas question de Goui-gou’ et en plus j’avais trop honte de répéter ce que j’avais compris.

Crop top

Manille a été opérée de deux lipomes sur les flancs. Elle a un pansement de chaque côté du ventre le temps que la cicatrisation se fasse. Ça lui donne un petit air de vache-hublot.

La première fois qu’elle a fait un lipome celui-ci était sous son aisselle droite. J’imagine que la vétérinaire ne pouvait pas mettre de pansement à cet endroit-là car j’ai dû lui faire porter un t-shirt large jusqu’à ce qu’on lui retire ses fils. Un calvaire.

Déjà il faut visualiser que Manille est un petit gabarit de labrador. Je l’ai eue quand elle avait 2 ans et demi mais les gens me demandaient systématiquement si c’était encore un bébé (sous-entendu est-ce qu’elle va encore grandir). À bientôt 7 ans elle grisonne un peu du menton et les gens ne me font plus cette remarque. Maintenant ils me disent qu’elle est grosse.

Pour en revenir à mon histoire, de par sa petite taille le t-shirt de Manille traînait au sol et elle se prenait les pattes arrières dedans quand elle marchait (vous avez le droit de rire même si c’est pas sympa). Du coup il fallait faire un petit noeud pour le cintrer à la taille. Avec un jean taille basse et des cheveux gauffrés elle aurait eu un style de chanteuse des années 2000 (à ceci près que son noeud était dans le dos).

Ensuite, Manille détestait cet accoutrement (on peut la comprendre, c’était vraiment ridicule). Je sais pas comment elle avait fait son compte mais un matin je l’ai trouvée affalée par terre avec le col du t-shirt descendu au niveau des hanches, comme une jupe. Elle avait réussi à retirer ses pattes avant des manches mais avait visiblement jeté l’éponge pour se débarrasser complètement du vêtement. J’ai pas compris ce qu’il s’était passé. Elle non plus je crois.

Là c’est ficelé

Manille a été opérée jeudi dernier. Père est passé tôt le matin pour qu’on la dépose à la clinique vétérinaire. Je devais être un peu préoccupée par tout ça car j’ai fait un rêve atroce la veille de sa chirurgie.

Je devais prendre un bus pour récupérer la chienne à l’appartement et l’emmener à la clinique afin qu’elle soit opérée. J’étais un peu à la bourre, le rendez-vous était bientôt. Alors que je marchais vers l’arrêt de bus, plus précisément l’arrêt de bus vers l’autre direction car je venais de me tromper, les lacets de ma chaussure gauche se sont noués à ceux de droite et vice-versa. J’étais comme qui dirait entravée dans ma progression. Je me suis baissée pour les défaire en bougonnant: « Bah bien sûr! » (car en effet, ce genre de chose m’arrive souvent). Une fois les lacets correctement noués j’ai recommencé à marcher. Ils se sont malicieusement renoués entre eux (Harry Potter, sors de ce buisson!). C’est alors que j’ai vu mon bus passer. Un passage piéton nous séparait. Catastrophe! J’ai commencé à courir à pieds-joints en hurlant: « Retenez le bus!!! ». C’était épique. Ou ridicule, je ne sais pas.

Manille n’aime pas les enfants

J’ai fait ma remise de chien guide avec Manille il y a 4 ans. Je l’ai faite en même temps qu’une dame qui se voyait attribuer (pas fait exprès pour le jeu de mot) une magnifique bergère allemande à poils longs. La chienne était vraiment très belle, on aurait dit une grosse peluche. Elle adorait les enfants. Un jour, pendant un exercice dans la rue, elle a entraîné son humaine vers une voiture dont la portière arrière était ouverte avec des enfants assis sur la banquette.

Manille, elle, n’aime pas les enfants. Sauf quand ils viennent de manger un croissant. Là elle leur témoigne toute l’affection du monde en leur léchant les doigts.

(Vous avez le droit de penser que j’ai un peu brodé pour mon anecdote et que Manille n’est pas aussi perfide que ça. Pourtant c’est ce qu’il s’est passé un jor. Tout le monde s’est extasié sur cet adorable labrador qui venait dire bonjour aux petits enfants et personne à part moi n’a compris l’entourloupe.)

Qu’ils disaient

« Vous verrez, les petits chiens guides ils sont jamais malades! »

Les paroles de l’éducatrice de Manille me reviennent tandis que, de la bave de chien plein les cheveux et le t-shirt, je traîne mon patapouf de labrador qui se la joue poupée-de-chiffon-de-30-kg-en-état-de-décès-avancé sur le sol pour lui mettre de force ses médicaments dans la gueule, action qu’il faut plusieurs fois recommencer car elle les recrache deux coups sur trois.

(étant un traitement contre la diarrhée la prise de cachets dans du Kiri est exclue, merci bien)

Convoi de l’extrême

Lundi matin quand je me suis réveillée une vilaine odeur flottait dans l’air. J’ai pensé que Stella, dont la caisse est dans la salle de bain juste à côté de la chambre, venait de poser sa pêche.

Manille était couchée à côté du lit, la chatte attaquait ma main sous la couette, bref à part le fumet pestilentiel tout avait l’air normal.

Je me suis levée, j’ai pris mon legging et mes chaussettes pour sortir Manille et je suis allée m’asseoir sur une chaise de la cuisine. L’odeur s’est faite plus forte. J’ai pensé que Stella avait eu un accident dans la chambre et que j’avais marché dedans. J’ai inspecté mes pieds: rien. Je suis allée voir dans la salle de bain et le bureau mais ça y sentait moins fort. Je suis revenue m’asseoir sur ma chaise, perplexe.

Et puis je me suis retournée.

Il y avait de grosses flaques sombres sur le carrelage. L’une des quadru avait eu la diarrhée pendant la nuit. Quand je dis « l’une des quadru » je veux dire Manille car vu la taille des flaques ça ne venait pas de la chatte. Et quand je dis « diarrhée », le mot est faible pour décrire la scène d’horreur que j’avais sous les yeux (et le nez).


J’ai sorti Manille en ricanant parce que j’avais laissé Stella enfermée sans ouvrir les fenêtres. Ensuite je suis rentrée et j’ai nettement moins rigolé quand il a fallu commencer à nettoyer.

J’ai contourné la table pour ouvrir les fenêtres sans risquer de marcher dans la mare sans canard (n’aggravons pas la situation). J’ai remonté mes manches et j’ai fait un chignon. J’ai mis le masque de chantier que m’avait donné mon père, celui avec deux gros élastiques et un système de serre-nez. J’étais parée.

Je n’ai trouvé Stella nulle-part et elle n’est pas venue sur le rebord de la fenêtre comme à son habitude. J’en ai déduit qu’elle était restée trop longtemps dans les effluves et qu’elle avait dû faire un malaise sous un meuble.

Plus

Le nouvel auxiliaire vétérinaire

Manille a deux boules sur les flancs. Je suis allée voir ma vétérinaire il y a 3 semaines qui m’a dit de revenir prendre un rendez-vous pour l’opérer d’ici la fin du mois. Je ne suis pas inquiète car il y a 2 ans la chienne a fait un lipome sous une aisselle, une tumeur bénigne de graisse (Manille qui fait des tumeurs de gras, ça étonne qui?). C’est une pathologie courante chez les labradors surtout femelles et les récidives ne sont pas exclues.

Hier je suis allée chez la vétérinaire pour racheter son antipuce et son silicure (un médicament qu’elle prend car elle a un souci avec son foie) et aussi pour programmer l’opération. Les vétérinaires et les auxiliaires vétérinaires dans ce cabinet nous connaissent bien moi et ma surdicécité (et ma chienne guide intenable parce que c’est le festival du biscuit là-bas). Niveau communication on alterne entre oral et écrit via mon téléphone connecté à ma plage braille. Elles ont l’air globalement à l’aise avec moi.

Hier pourtant il m’a semblé qu’il y avait un nouvel auxiliaire à l’accueil et il a eu l’air assez déstabilisé par ma présence. En fait je suis rentrée dans le cabinet et me suis assise sur une chaise en attendant mon tour (et en demandant 15 fois à Manille de se calmer). Un jeune homme brun à lunettes (c’est tout ce que ma vision me permet de décrire) a fait son entrée dans la salle d’attente. Il y avait quelques personnes déjà. Il est allé voir un monsieur puis il est venu vers moi. J’imagine qu’il m’a dit un truc et que j’ai laissé passer ma chance parce qu’ensuite j’ai attendu 10-15 minutes et même les gens arrivés après moi sont passés avant moi (décidément ça m’arrive souvent ces temps-ci). Le brun est revenu me voir plus tard et je lui ai tendu mon téléphone en disant: « Désolée je comprends rien. » (sans déconner René). Je lui ai expliqué pourquoi je venais. La vétérinaire est venue palper les boules de Manille (qui faisait subitement moins la maline) et il m’a écrit qu’il fallait lui faire un bilan sanguin pour son foie avant de l’opérer.

Là j’ai tilté que le brun n’était pas auxiliaire vétérinaire car il avait l’air un peu perdu et m’a posé des questions bizarres. Je me trompe peut-être mais on va partir du principe que c’est ça, je pense qu’il était en 3e et qu’il faisait son stage. Il avait la voix grave mais on faisait à peu près la même taille (t’inquiète Brun je triche un peu avec mes Rangers, moi je suis québlo à 1,59 m depuis que j’ai 14 ans mais toi tu peux encore grandir, et au pire c’est pas grave la vie est belle en bas tu sais) et il m’a demandé comment ça se passait habituellement lors des prises de sang, est-ce que je nourrissais Manille avant ou pas. Et en effet quand il est venu m’apporter les médicaments il avait l’air un peu jeune, Brun. Il avait l’air en galère mais au final je trouve qu’il s’est très bien débrouillé et il s’est détendu au fur et à mesure de l’échange. Ça fait plaisir.

Bref Manille a rendez-vous jeudi matin prochain pour faire une prise de sang.

À sa mutuelle qui refuse de me rembourser son Silicure car selon eux c’est « un médicament de confort » alors que (vous l’aurez compris) son problème de foie nécessite une analyse avant de l’opérer: allez bien vous faire cuire le cul.

Rupture

Eren et moi on se sépare. Pour le moment je reste à l’appartement avec les deux moustachues. Ensuite quand j’aurais fini ma rééducation mon rêve serait d’avoir une petite maison d’écrivain solitaire avec un grand jardin pour que Manille puisse gambader (et que Stella puisse avoir tout plen de pâquerettes à décapiter).

Globalement ça va, je gère plutôt bien la situation. Il y a juste l’autre soir où je me suis mise à sangloter toute seule dans mon lit, comme les petits chiots qui pleurent la première nuit dans leur nouveau foyer.

Manille n’est pas venue me voir. Pour l’avoir elle-même vécu dans son enfance elle devait savoir qu’il ne fallait pas intervenir et me laisser japper dans mon coin.

Stella n’est pas venue non plus parce que, ça me brise le coeur de l’admettre, bah c’est Stella.