Quand on vous pose un implant cochléaire, on vous rase une toute petite zone de cheveux derrière l’oreille au moment de l’opération. Pour ma première intervention je pensais que je me réveillerais avec la coupe de Skrillex. À mon réveil, j’ai presque été déçue en constatant que j’avais juste un pauvre rectangle de cheveux ras sur le côté de la tête. Forcément, je savais à quoi m’attendre pour ma deuxième implantation en janvier dernier.
Depuis ça repousse. Maintenant quand je me fais une natte j’ai 6 cm capillaires impossibles à coiffer qui se battent en duel derrière mon oreille gauche. Clairement j’avais pas signé pour ça moi.
Y a-t-il des choses que vous essayez de mettre en pratique quotidiennement pour adopter un mode de vie plus durable ?
Complètement. Voilà un an bientôt que j’essaye de changer mon mode de vie petit à petit. Dans le milieu écolo on dit que chaque geste compte, alors même si changer ses habitudes ne se fait pas du jour au lendemain chaque nouvelle habitude est bonne à prendre.
J’ai commencé ma transition écologique en faisant mes courses chez La fourche, qui est une épicerie bio en ligne. Les prix y sont vraiment intéressant et avoir toutes ces alternatives à portée de main m’a bien déblayé le passage. En parallèle, j’ai commencé à faire mes courses au marché. Je vous raconte ça mais en temps que SourdAveugle c’est l’option la plus accessible que j’ai trouvé (je sais qu’on peut aussi commander des paniers chez les producteurs du coin). Pour le reste, j’étais déjà une grande fan d’Emmaûs donc privilégier essentiellement des achats de 2de main n’a pas été difficile. J’ai jamais eu recours à ces services mais dans le genre il y a Kazoo qui vous propose de louer puis éventuellement d’acheter des appareils électroménagers reconditionnés, et SOS Accessoires qui vend des pièces détachés d’appareils électroménagers et propose des tutos de réparation. De temps en temps j’achète du neuf en veillant à ce que ça soit du durable made in France. Parfois mes parents (oui vous là, on vous regarde on sait que c’est vous!) m’offrent du neuf pas durable pas made in France mais c’est pas grave. Il faut se détendre là-dessus. J’essaye de prendre les devant en leur disant que moi j’aime le vieux usé.
Au quotidien ce sont tous plein de petits gestes qui se sont mis en place, et c’est drôle car j’ai remarqué qu’à force mon raisonnement avait lui aussi changé et les choses se font toutes seules maintenant. Je suis passée au savon/déo/shampoing/dentifrice/savon vaisselle solide, je récupère l’eau des moustachues pour arroser mes plantes (j’avais pris l’habitude de « mesurer » l’eau des gamelles à partir d’un mug pour éviter le gâchis, je l’ai délaissée quand Manille a été malade et qu’il fallait lui faire gober des cachets et que c’était long et pénible mais je vais m’y remettre tiens), je fabrique mes produits ménagers, j’utilise plusieurs fois ma vaisselle quand c’est possible (mon mug est un verre d’eau le soir et une tasse de chicorée le lendemain matin), je réutilise les sacs à vrac en kraft de la fourche (pour en faire des paquets cadeaux, des sachets de croquettes quand on vadrouille avec Manille ou pour stocker le caca de Stella quand je le ramasse dans sa caisse. Inutile de préciser que je ne récupère pas un vieux sac à crottes de chat pour offrir un cadeau à quelqu’un, quoique belle idée). On fait attention au marketeux qui surfent sur la tendance écolo pour vous vendre des conneries en vous faisant croire que c’est écologique (ça s’appelle le greenwashing et c’est très moche). Il n’y a rien de contraignant dans toutes ces pratiques et pour rappel je suis POLYHANDICAPÉE (j’aime pas ce mot) donc naturellement j’ai tendance à me simplifier le quotidien (déjà bien peu accessible, ha ha ha).
Si ça vous dit je pourrait vous partager des lectures qui m’ont aidée à prendre ces habitudes. De manière générale j’essaye autant que possible d’avoir appliquer les principes du zéro déchet, lequel repose sur 5 règles:
REFUSER ce dont on n’a pas besoin.
RÉDUIRE ce dont on a besoin et qu’on ne peut pas refuser.
RÉUTILISER ce qu’on ne peut ni refuser ni réduire (vaut aussi pour réparer).
RECYCLER ce qu’on ne peut ni refuser ni réduire ni réutiliser.
COMPOSTER le reste (j’ai pas de compost et j’ai la phobie des vers donc c’est mort pour en avoir un « de poche » sur le balcon).
L’autre jour mon père est venu faire des petits travaux de maintenance chez moi (traduisez retirer une étagère du mur et s’occuper de ce tiroir que je n’arrivais pas à remettre en place dans sa commode). Une fois ces tâches accomplies’ il est allé s’asseoir sur le canapé. Stella, qui d’ordinaire se cache quand il y a des invités et qui s’était enfuie à toute hâte en entendant la sonnette, a fait son apparition dans le salon. Elle est allée s’asseoir sur son arbre à chat, lequel est à l’opposé du canapé dans la pièce, et s’est mise à fixer intensément Père (ce sont ses mots) l’air de dire: « Que fait ce gueux sur MON canapé? ».
Je suis retournée voir Mme Sourire pour une séance de pédicure lundi dernier. Tandis que je retirais mes chaussures, elle a essayé de me dire quelque chose:
– Chwawawa?
– Pardon, ai-je demandé confuse.
– Wahchwawoaaaah?
– Ouhla. Heu?
– Chwoooaawawah?
– Oh, je suis désolée! J’ai eu un réglage l’autre jour mais il est pas terrible on dirait.
– Hahahaha!
La vérité c’est que c’est mon nerf auditif qu’est pas terrible, pas le réglage.
L’autre jour, je me suis présentée à la boulangerie avec mon petit cabas à roulettes pour acheter trois baguettes et une viennoise. Je tiens à préciser que moi à la base je dis « pain viennois », mais dans cette boulangerie on dit « viennoise » du coup je fais un effort langagier pour éviter tout malentendu. D’ailleurs on ne sert pas de pain suisse dans cette boulangerie, une fois j’ai essayé d’en acheter un pour mon goûter mais on ne s’est pas comprises avec la boulangère et je suis repartie avec un vieux pain de campagne tout sécos (je vous laisse imaginer ma déception en arrivant chez moi: il était bien lourd ce pain suisse mais en fait c’était pas un pain suisse, étouffe(toi bien pour ton 4h espèce de dindasse va). Comme elles étaient deux ce jour-là, l’une s’est occupée de glisser elle-même ma commande dans mon cabas pendant que l’autre me faisait payer (en m’assommant à coup de pain de campagne, non en fait elle m’a juste indiqué le lecteur de carte bleue). Des clients sont arrivés et comme d’habitude j’ai rien vu rien entendu. La boulangère à la caisse a posé une baguette sur le comptoir que je me suis empressée de fourrer avec le reste de mes courses en lui disant au revoir.
Ce n’est qu’une fois chez moi, en déballant mes courses, que j’ai compris qu’en fait j’avais embarqué le pain du client derrière moi. Oups.
Aujourd’hui, le 27 juin, c’est la journée mondiale de la surdicécité. Ça tombe le 27 juin car Helen Keller est née ce jour-là. Il y a d’ailleurs un rapport entre le nom de cette grande dame et celui de ce blog. Si ça vous intéresse, un jour peut-être, je vous raconterais l’anecdote derrière Il Est Quelle Heure.
Hier au marché, un monsieur qui passait dans les allés s’est figé pour me regarder. Je sais pas si c’était à cause de la canne blanche, des implants cochléaires, des bras bariolés d’encre ou de l’aura intersidéral. Peut-être bien que c’était l’ensemble.
Les gens me regardent souvent comme si je les voyais pas. Or, c’est vrai que je vois pas très bien mais je vois un peu quand même.
Manille a été opérée de deux lipomes sur les flancs. Elle a un pansement de chaque côté du ventre le temps que la cicatrisation se fasse. Ça lui donne un petit air de vache-hublot.
La première fois qu’elle a fait un lipome celui-ci était sous son aisselle droite. J’imagine que la vétérinaire ne pouvait pas mettre de pansement à cet endroit-là car j’ai dû lui faire porter un t-shirt large jusqu’à ce qu’on lui retire ses fils. Un calvaire.
Déjà il faut visualiser que Manille est un petit gabarit de labrador. Je l’ai eue quand elle avait 2 ans et demi mais les gens me demandaient systématiquement si c’était encore un bébé (sous-entendu est-ce qu’elle va encore grandir). À bientôt 7 ans elle grisonne un peu du menton et les gens ne me font plus cette remarque. Maintenant ils me disent qu’elle est grosse.
Pour en revenir à mon histoire, de par sa petite taille le t-shirt de Manille traînait au sol et elle se prenait les pattes arrières dedans quand elle marchait (vous avez le droit de rire même si c’est pas sympa). Du coup il fallait faire un petit noeud pour le cintrer à la taille. Avec un jean taille basse et des cheveux gauffrés elle aurait eu un style de chanteuse des années 2000 (à ceci près que son noeud était dans le dos).
Ensuite, Manille détestait cet accoutrement (on peut la comprendre, c’était vraiment ridicule). Je sais pas comment elle avait fait son compte mais un matin je l’ai trouvée affalée par terre avec le col du t-shirt descendu au niveau des hanches, comme une jupe. Elle avait réussi à retirer ses pattes avant des manches mais avait visiblement jeté l’éponge pour se débarrasser complètement du vêtement. J’ai pas compris ce qu’il s’était passé. Elle non plus je crois.
David Lodge m’a tellement plu qu’après Un tout petit monde j’ai enchaîné avec Changement de décor. J’ai été ravie d’y retrouver certains personnages (dont Morris Zapp que j’avais adoré) 10 ans plus tôt. Avoir lu le tome 2 avant le tome 1 ne m’a pas gênée dans ma lecture et m’a permis de comprendre certaines références que je n’avais pas dans Un tout petit monde (cf: le fameux jeu de société inventé par Philip Swallow).
J’ai bien aimé le contexte de révolution étudiante du roman. L’histoire se déroule en effet en 1969: les États-Unis et l’Angleterre connaissent eux aussi leur mai 68 (façon de parler pour l’Angleterre). David Lodge, qui à la même époque était parti enseigner dans une université américaine, s’est apparement servi de son expérience et de journaux qu’il avait collecté. Comme pour Un tout petit monde on fait un saut dans le temps.
Côté structure, certains chapitres ne sont pas écrits comme un roman classique ce qui donne un dynamisme à l’histoire (qui est censée se passer sur 6 mois en plus). Il y a par exemple un chapitre où Morris écrit à sa femme Désirée, Désirée écrit à Morris, Philip écrit à sa femme Hilary et Hilary écrit à Philip. C’est drôle de voir la différence de style de chacun et les bobards qu’ils se racontent. Bref, une façon bien originale d’avancer dans l’histoire.
J’ai eu une petite préférence pour Un tout petit monde (qui était quand même un coup de coeur, il faut le dire) mais Changement de décor a été une chouette lecture. Il me reste Jeu de société dans la trilogie Rummidge et sinon j’ai bien envie de découvrir d’autres romans de David Lodge.
Deux avions se croisent en plein ciel quelque part au-dessus du pôle Nord ; l’un transporte un professeur américain brillant, spécialiste de Jane Austen, qui arrive d’une grande université de la côte Pacifique, l’autre, un professeur anglais un peu médiocre qui vient d’une université des Midlands et n’a d’autre titre de gloire que de savoir concocter des épreuves d’examen. Ils ont décidé d’échanger leur poste pour une durée de six mois. C’est avec ce roman que David Lodge a inauguré sa série désormais célèbre qu’il poursuivra avec Un tout petit monde et Jeu de société et dans laquelle destins et chemins se croisent et s’entrechoquent dans un humour subtil.